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 Aube Noire sur Immanis

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Andreï Yegimovitch
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MessageSujet: Aube Noire sur Immanis   Mar 17 Fév - 22:07

Ici vous sera présenter une fanfic ou roman, appelez-le comme vous le voulez, mettant en scène des personnages issus de l'univers de ce forum. Des personnages agissant dans le forum pourront à leur tour apparaître dans l'histoire. Les images agrémentant les textes sont issus de Killzone II, Gears of War et Jin-Roh. L'univers est celui du forum et il en est de même pour les armes et véhicules, cependant quelques unes sont de mon cru. Sur ce je vous souhaite une bonne lecture.

PROLOGUE:


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Andreï Yegimovitch
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MessageSujet: Re: Aube Noire sur Immanis   Mar 17 Fév - 22:08

Balayées par des rafales de vent puissantes qui soulevaient des tornades de poussières arides, les vastes plaines de bitume, vierges de toute végétation, de la Frontière paraissaient encore plus lugubres que d’habitude. Un océan de gris sinistre s’étendait à perte de vue, seuls quelques récifs d’ensembles de complexes industriels qui crachaient des volutes de fumées noirs, venant noircir davantage un ciel artificiel striée de bande violette, venaient briser la monotonie funèbre du paysage. C’était une version grise de l’enfer. Il ne subsistait plus rien de la Nature, l’homme avait pris grand soin de corrompre tout ce qu’il pouvait. Les immenses silos qui grimpaient à des hauteurs difficilement appréhensibles par les sens des hommes, semblaient célébrer la macabre victoire de la technologie sur les éléments. Pour le lieutenant Yolenko le paysage avait quelque chose de reposant.

Solidement sanglé dans l’habitacle de l’Agressive Mk II qui le transportait lui et son escouade, il ignorait les cahots monstrueux qui ballotait son épaisse carcasse parfaitement isolé de l’environnement extérieur, derrière une armure d’Unificateur de type Tiger Sand. Malgré son lourd équipement de protection qui l’isolait de toute sensation externe, il pouvait deviner le froid mordant qui sévissait à l’extérieur ainsi que la caresse rêche de la poussière de métal, qui avait le don de venir s’amasser dans les articulations de son armure de combat. Malgré tout ces désagréments, il en était venu à apprécier la quiétude mortuaire de la Frontière. Augmentant le zoom de ses jumelles de visés, ses lentilles optiques rougeoyantes s’adaptèrent d’elles-mêmes à cette nouvelle configuration, il scanna ce qui se trouvait dans son champ de vision, à la recherche d’un organisme vivant. Hormis les reliefs menaçants des bâtiments industriels, il n’y avait rien de très important à relever. En somme, c’était une nouvelle fois une journée sans histoire qui s’achevait. Une histoire banale dans une vie rythmée par les prises régulières d’H.I.S.

Quittant ses observations, il s’autorisa à jeter un coup d’œil au reste de son équipage. Le bruit assourdissant du moteur du blindé lui arrivait en un son étouffé et tenu, les capteurs externes de son armure atténuant les bruits trop gênants. Equipés de la même façon que lui, l’escouade de huit Unificateurs en armes ne semblait pas très active et le sergent ne pouvait pas leur en vouloir. Il n’y avait pas grand-chose à faire en ce moment, la vermine de Libéria se tenait particulièrement tranquille en ce moment et lorsqu’un Unificateur n’avait pas à remplir son devoir il ne se révélait pas très dynamique. Entraînement, patrouille, service de garde et prise d’H.I.S. Pour les soldats cantonnés à la surveillance de la Frontière la vie se résumait souvent à cela.

Détournant le regard vers son pilote, Yolenko jeta un coup d’œil à l’écran à cristaux liquide accroché au plafond de l’habitacle. Voilà cinq heures qu’ils patrouillaient, ils rentreraient bientôt à la base pour se reposer et se ravitailler en attendant la prochaine ronde. Il ignora la vision cauchemardesque qui s’offrait à lui à travers le pare-brise blindé du véhicule, il ne savait toujours pas comme son pilote se débrouillait pour suivre au mètre près l’itinéraire qu’on leur imposait, à travers cet enfer de sable qui s’abattait perpétuellement sur eux. Gagnant la tourelle d’observation, il espérait avoir une meilleure vue en étant là-haut. S’agrippant solidement à l’échelle de soutient, il fut surpris par une déstabilisation soudaine du blindé qui vacilla dans sa progression. Immédiatement le sergent empoigna son arme. Une attaque ? Ayant eut la même réaction, l’escouade d’Unificateur avait suivi les procédures à la lettre : dans un enchaînement de cliquetis de métal, les armes lourdes furent mis en branlent et chacun s’accapara à la tâche qui lui était dévolue.

Si le lieutenant Yolenko n’avait jamais eu à se plaindre de son unité, ce n’était surement pas de sa lenteur d’action. Même après des mois passés dans les steppes arides et morne de la Frontière, ils étaient aussi réactifs et efficace qu’au premier jour, ils pouvaient se considéré avec fierté comme l’élite. Il était dommage de savoir que jamais ils ne connaîtraient ce sentiment. Aucunes activités suspectes ne furent rapportées et la détonation assourdissante d’une arme lourde tant attendue ne survint pas. Le pilote brisa enfin le silence pesant qui régnait dans l’habitacle :

-Le chaînon vingt-huit de la chenille droite vient de sauter de son emplacement sergent, notre mobilité est réduite à 73%.

Son équipement retransmis ses paroles sur un ton aux accents métalliques qui lui donnait une voix sifflante et inhumaine. Un problème technique. Après tout c’était fréquent avec le matériel qu’ils possédaient, aucunes menaces à relever donc. La tension fut brisée, et avec une efficacité tout à fait militaire le sergent ordonna une sortie pour réparer ce problème technique. Les lourdes portes étanches du blindé s’ouvrirent dans un sifflement de pistons mal graissés, laissant entrer dans le véhicule le vent violent des niveaux inférieurs. Activant le système d’aide respiratoire de son armure, le sergent engagea la sortie accompagné de trois de ses hommes. S’il y avait un danger il était inutile de risquer la vie de davantage de ses soldats. Luttant contre les rafales de vent, ses lentilles de protection intégrées au lourd casque de son armure de combat lui donnaient une vision rougeoyante de l’extérieur. Avançant péniblement, ses lourdes bottes ferrées piétinaient contre le bitume parfaitement lisse. La panne fut évidente à voir.

La chenille tournait dans le vide, la pièce métallique qui la rattachait à la rampe de glissement du blindé s’était brisé contre un objet insolite qui émergeait du sol. Chose inhabituel si on tenait compte de la topographie du terrain : une épaisseur d’un alliage de béton et d’acier de plusieurs kilomètres d’épaisseurs avaient été coulée ici. Intrigué, le soldat se pencha pour observer plus attentivement le problème. L’objet ressemblait en tout point à un obstacle anti-char, il semblait même avoir été enterré à demi. Le bruit mat du corps d’un des hommes de son unité tombant au sol l’arracha à ses observations. Tournant vivement la tête il assista juste à temps à l’exécution d’un autre de ses soldats. Dans une bruine de sang rosé, un trou s’ouvrit dans sa boîte crânienne, perçant le blindage léger de son casque. Il s’affaissa lentement à son tour. Avec un sang froid qui témoignait de son expérience et de son entraînement d’Unificateur, le lieutenant alluma le canal radio de son escouade et hurla.

-Tout le…

Il n’eut jamais l’occasion de terminer sa phrase car dans un tonnerre aveuglant le blindé fut proprement éparpillé en morceau. Le bruit grondant des munitions lourdes explosant se mêlèrent à la fureur des flammes et aux cris d’agonie des hommes. Dans un gémissement douloureux, le sergent s’évertua à dissiper les effets du choc et à se remettre sur pied. Les flammes léchaient le sol et la chaleur qui régnait était proprement insupportable. Le goût cuivré du sang lui vint en bouche, alors qu’il faisait fi de la douleur atroce qui transperçait chacune des cellules de son corps pour se relever. Risquant un regard vers son bas ventre, il vit avec une lente horreur un énorme éclat métallique qui avait aisément traversé sa protection ventrale. Vaincu par le désespoir de se savoir condamner et subitement à bout de souffle, il se rabattit vers le sol. La douleur allait finir par le vaincre et ses forces l’abandonnait progressivement, le voile noire qui obscurcissait une partie de son champ de vision n’allait pas tarder à masquer son regard pour l’éternité. Dans un râle d’épuisement, le lieutenant Yolenko rendit l’âme sur un champ de bataille qui ne célèbrerait jamais ses honneurs.
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Andreï Yegimovitch
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MessageSujet: Re: Aube Noire sur Immanis   Mer 18 Fév - 10:49

Chapitre I: Unité Scylla




S’il y avait bien un mot qu’Yzack aurait pu employer pour décrire le lieu où il se trouvait à présent, c’était bien « enfer ». Le bruit strident des moteurs anti-grav des escadrons de Mec-Assaut qui survolaient le champ de bataille, se mêlait aux aboiements des fusils d’assaut qui lâchaient salve sur salve sur un ennemi qu’ils ne pouvaient pas voir. Dans un concert de tir parfaitement orchestré, les escouades d’assaut rapides couraient à travers les rues défoncées de la cité en ruine. Avec un ordre et une discipline quasi artistique, les hommes en armures de combats progressaient à vive allure en se couvrant mutuellement. A travers la brume épaisse des retombés de débris et des fumées d’incendie, seuls les lueurs rougeoyantes de leurs lentilles optiques étaient visibles. Quiconque aurait été présent sur le champ de bataille aurait cru voir la mort en personne en voyant Yzack Varas et son unité progresser en formation tirailleur, armes levées. L’on pouvait entendre au loin les détonations sourdes des missiles anti-chars qui abattaient leurs cibles et les rares immeubles encore debout s’écrouler dans un fracas titanesque. Les Mec-Assaut firent un dernier passage au-dessus de l’escouade en progression, et larguèrent leur dernier chargement de bombes incendiaires.

Dans un souffle ardent mordant les bombes explosèrent. Yzack retint un juron et se réjouit de la protection parfaitement hermétique que lui offrait son armure de combat. Le fusil ZZ-200 pointé vers une hypothétique cible, tous ses senseurs actifs et passifs passaient sa zone de progression au peigne de fin, et il pouvait être sur que ses camarades en faisaient de même. Les bruits de combat s’atténuèrent et il se concentra sur son environnement extérieur. Ce silence soudain était plus que suspect. D’une pensée il régla les fonctions de son armure, affinant la vision infrarouge de son armure et la sensibilité externe de ses senseurs. Il pouvait à présent percevoir les propres battements de son cœur et la respiration artificielle de son masque. D’un mouvement discret du bras il ordonna à deux de ses camarades de se déplacer sur la droite pour lui offrir un meilleur angle de couverture. Enchaînant sur nouveau signe muet du doigt, les autres membres de son unité se placèrent à l’arrière, tout en restant à l’affut du moindre danger. L’entrée d’un long tunnel se relevait devant eux, le long boyau sombre semblait se perdre au loin, et personne ne se risquait à l’illuminer d’un faisceau de lampe torche de peur de révéler leur position à l’adversaire. Il revenait à Yzack de prendre une décision étant le chef de groupe, il rassura sa prise sur son fusil d’assaut et s’apprêta à engager une approche. Soudain une communication radio crypté lui parvint à travers sa liaison interne.

-Varas, veuillez attendre le soutient armé d’armes lourdes de l’escouade US-04 avant d’engager tout opération ! Je répète ! Veuillez attendre le soutient d’US-04 avant d’engager la moindre action ! Terminé !

Attendre US-04 ? Jetant un coup d’œil à la vision virtuelle en 3D du terrain d’opération, il pouvait clairement voir la position de l’unité en question. Situé à plusieurs kilomètres de leur propre position, elle mettrait plusieurs heures, même au pas de course, à les rejoindre alors qu’il pouvait sans aucun doute prendre l’objectif en quelques minutes. Ils n’avaient pas besoin de soutient ! S’ils étaient parvenus jusqu’ici sans perte il pouvait bien se risquer à affronter le noir ! Ignorant les ordres il s’engagea dans l’étroit boyau aux parois branlantes, suivi de près par le reste de son escouade. Alors même qu’il posait le pied à l’intérieur de la structure souterraine, un rideau de feu et d’acier s’abattit sur lui et ses camarades. Une tourelle automatique ! Il n’eut ni le temps de réagir ou de se cacher, la cadence de tir était bien trop rapide et tous ses camarades étaient déjà considérés comme morts.

-SIMULATION TERMINÉE ! SIMULATION TERMINÉE ! SIMULATION TERMINÉE !

L’alarme stridente de fin de simulation résonna dans l’immense complexe d’entraînement virtuel d’Exima Proxus. Le décor reconstitué de la ville en ruine s’évanouit peu à peu en une pluie de pixels colorés, révélant alors des structures d’acier tout à fait banale. Les soldats se relevaient peu à peu et tout le monde commençait à se réunir pour un debriefing. Les Mec-Assaut se posèrent avec grâce sur le sol, soulevant un vent puissant. Yzack, s’appuyant sur son arme se remit debout et grogna de mécontentement. Les impacts virtuels lumineux que l’on pouvait voir sur son armure, apparurent en surbrillance. Une balle au thorax et deux à la trachée, il n’osait pas imaginer l’état de son corps si la simulation avait été à balles réelles. Avoir échoué dans la réalisation de l’objectif de la mission était une chose déplaisante certes, mais devoir recevoir les sermons moralisateurs et méprisants du Lieutenant-Instructeur Donovan était bien pire. Celui-ci s’avançait déjà de son pas souple de puma vers son escouade. Impeccablement vêtu de la tenue des Instructeurs du département d’Exima Proxus, le crâne rasé, son visage aux traits burinés restait impassible, mais le Fils d’Immanisius pouvait lire dans ses prunelles noires une colère sans borne. Sans aucun doute, cela promettait des coups de pied au cul. Même s’il si attendait, le son cassant et aride de la voix du Lieutenant-Instructeur le fit sursauter :

-Varas…Connaissez-vous le fonctionnement et les fonctions de votre armure de combat ?
Dissimulant un soupir d’exaspération, il s’efforça à répondre sur un ton qui se voulait neutre.
-Oui Lieutenant-Instructeur !
-Vous savez donc que vous êtes équipé d’un système de communication IRS qui vous permet de recevoir et d’émettre des informations cryptés ?
-Oui Lieutenant-Instructeur !
-Vous avez donc sciemment ignoré les ordres et mené votre unité à la mort ?
-Ce n’est pas exact Lieutenant-Instructeur j’ai cru que…
Il fut interrompu par son supérieur qui répliqua sur un ton sans appel :
-Je ne vous demande pas des justifications soldat !
-Je…Oui Lieutenant-Instructeur.

Quelque soit la situation, l’instructeur Donovan entendant toujours ce qu’il voulait. Son visage jusque là immuable se fissura en un masque de fureur froid. D’un geste brusque il décrocha le système respiratoire d’Yzack et renversa son casque, de manière à exposer son visage. L’air bien plus jeune que ne le laissait paraître sa posture, les cheveux bruns coupés ras, les yeux d’un bleu froid presque gris, la frustration se lisait sur son visage sévère. Plongeant son regard dans le sien, l’instructeur ne dissimulait pas le dégoût que lui inspirait visiblement le jeune homme. Articulant lentement et intelligiblement les syllabes de ses phrases il déclara :

-Vous allez me faire cinq tours du terrain d’entraînement en tenue de combat complète ! Votre insubordination sera récompensé par dix coups de fouets que je me ferais plaisir de vous appliquer. A défaut de votre cervelle votre chair, elle, se souviendra qu’on n’ignore pas aussi allègrement les ordres !

Yzack digéra la nouvelle sans paraître le moins surpris du monde. L’équipement standard d’un fantassin d’élite pesait dans les soixante kilos, et même avec l’aide de son corps amélioré et des mécamuscles de son armure, courir avec ce poids sur le dos restait harassant. Il n’émit cependant aucunes protestations, il ne voulait pas donner une raison supplémentaire au Lieutenant-Instructeur de lui infliger davantage de ses punitions stupides. Faisant un rapide salut militaire, il ramassa son équipement qui avait choit au sol et s’en vêtit avant de commencer sa course. La journée promettait d’être longue.

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-Que le mutant ait raison du Lieutenant-Instructeur Donovan !

Posant rageusement son plateau-repas contre la table dans un fracas métallique, il ignora les éclaboussures de nourriture qui aspergèrent son voisin de table. Prenant soin de ne pas trop étirer les muscles de son dos encore douloureux, Yzack s’assit sur le banc en pierre de la cantine. Pouvoir s’asseoir après plusieurs heures passés à courir et à subir le fouet était une véritable délivrance, une satisfaction gâché par la vue de sa nourriture qui nageait tristement dans ce qui semblait être un fond de sauce. Les standards de l’armée imposaient aux cantines de fournir nourriture nourrissante et équilibré, mais il n’avait jamais été précisé qu’elle devait avoir du goût ou plaire au fantassin. Soupirant, le jeune homme empoigna sa fourchette et entrepris d’engloutir son repas. Bien trop fatigué pour se plaindre, la bouffe se révélait meilleur que les rations de survie militaire fournis avec leurs paquetages. Le rire bruyant caractéristique de Marvin Halvey lui fit lever la tête de son assiette.

-Si t’obéissais à ces ordres sans prendre d’initiative à la con p’têtre qu’il te foutrait la paix ! Ou alors essaye de te faire sa fille, entrer dans la famille ça aide toujours !

Repartant d’un éclat de rire sonore, il arracha une grimace de désapprobation de la part de Varas. Son rire secouait son immense carcasse de tremblements qui agitaient les nombreuses boucles brunes de ses cheveux sales, qui descendaient paresseusement sur son front. S’apparentant davantage à l’ours qu’à l’humain, Marvin était bien plus épais et large qu’il ne l’était lui-même, sa masse musculaire proprement prodigieuse l’avait immédiatement désigné pour être le porteur d’arme lourde de l’unité. Les scientifiques de l’armée en avait déduit que son organisme avait exacerbé de lui-même, les effets des stéroïdes qu’on leur avait injecté lors de leur recrutement. Ses énormes avant-bras poilus reposaient sur la table et son immense paluche enserrait son verre, qui semblait pouvoir disparaître au creux de sa paume. Considéré comme le bon vivant de l’unité, Marvin avait une façon de penser et de voir les choses extrêmement simplistes, mais ce n’était pas pour autant qu’il fallait le considéré comme un abruti finis. Il restait malgré tout un Fils d’Immanisius, capable de réagir à toutes les situations qu’on lui présentait et surtout un membre clé de l’Unité Scylla.

-Les ordres sont absolus. Un soldat sans discipline est un boulet pour l’unité et un déchet pour l’armée.

Le ton froid et placide de Gregorian le fit presque sursauter, une nouvelles fois il ne s’était pas aperçu de sa présence. Toujours là pour faire la morale. Gregorian Osher avec ses longs cheveux blonds impeccablement coiffés, qui se mariaient admirablement bien avec ses yeux verts qui se résumaient à deux fentes félines, ressemblait davantage à un politicien ou un mannequin qu’à un soldat. Son air arrogant et de froide supériorité, ne disparaissais jamais de son beau et long visage. Désigné pour être au départ le commandant de l’unité, les gradés lui avait préféré Yzack et il n’avait jamais compris pourquoi. Peut-être était-ce par qu’il faisait preuve de cet esprit d’initiative qu’il lui reprochait tant. Gregorian incarnait toutes les valeurs d’un Fils d’Immanisius : loyal, obéissant, fort et incroyablement intelligent. On murmurait qu’il était capable de donner des leçons en matière de stratégies aux généraux Unificateurs. Cependant dans l’Unité Scylla il restait cantonné aux rôles de sniper et d’officier radio. Mais il n’était pas aussi parfait qu’il le laissait croire, le soldat Varas savait la soif de gloire et d’ambition qui l’habitait, sans compter la rancœur particulièrement tenace qu’il éprouvait à son encontre. Mordant dans un morceau de pain, Yzack s’appliqua à répondre.

-T’aurais accepté de resté planté là ? Et comment t’aurais réagis si on avait pris l’objectif avant les autres grâce à mon initiative ? T’as oublié le nombre de fois où ça nous donner la victoire de prendre de l’avance ?
-La prise d’initiative n’est pas à confondre avec de l’inconscience. J’ai également retenu le nombre de fois où tes « initiatives » nous ont tous fait tuer.

La main du jeune homme s’égara sur le manche froid de son couteau de cantine. Gregorian commençait sérieusement à lui échauffer les oreilles, il ne perdait pas une occasion pour contester son autorité au sein de l’escouade, mais s’il le prenait pour le dernier des imbéciles à sang chaud il se trompait. Sauter à la gorge de cet enfoiré de prétentieux et lui tranché la carotide, aurait sans doute comme effet de calmer ses nerfs, mais également son renvoi définitif des Fils d’Immanisius et la réintégration à l’armée en qualité de serviteur d’arme décérébré. Après tout ce qu’il avait enduré pour arriver là où il se tenait, il n’allait pas céder à de petites provocations.

-Unité Scylla garde à vous !

Le cri tonitruant du lieutenant-instructeur Donovan fit se lever à l’unisson les membres de la dite unité. Yzack hurla de douleur intérieurement, les bandes autocicatrisantes posées sur les plaies de son dos étant brutalement tirées. Un silence mortuaire se fit dans la cantine, alors que les membres des autres unités fixaient leurs camarades qui restaient debout, parfaitement droit et silencieux. Une nouvelle fois la voix de Donovan se fit entendre.

-Sur le terrain d’entraînement ! Au pas de course !

Sans aucun doute le lieutenant-instructeur Donovan avait décidé d’avoir sa peau.


Dernière édition par Andreï Yegimovitch le Jeu 19 Fév - 21:41, édité 1 fois
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Andreï Yegimovitch
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MessageSujet: Re: Aube Noire sur Immanis   Jeu 19 Fév - 15:17

Chapitre II: Et sa volonté sera faite...



S’il y avait bien une chose dans toute sa misérable vie de rat souterrain qu’il n’avait jamais pu apprendre, c’était bien la patience. A plat ventre derrière un vestige de ce qui semblait être une barricade antipersonnel, Jarel espérait que le maquillage antithermique puant dont il s’était appliqué sur l’ensemble de son corps musculeux, ainsi que la cape de camouflage jaune sable qui le recouvrait, le dissimulerait aux yeux des capteurs et autres senseurs de ces salopards d’Unificateurs. La tourelle au canon rotatif monté sur trépied qui trônait en haut du dôme puissamment blindé à l’allure menaçante, le dissuadait de faire tous mouvements intempestifs. C’était donc le nez dans le sable et la chique à la bouche, qu’il attendait avec une certaine appréhension une hypothétique transmission du Boss. Ses épaisses mains, gantées de mitaines, pianotaient nerveusement sur la crosse customisée de son SUB-9. Le fusil d’assaut était recouvert d’une substance poisseuse et gluante difficilement identifiable, son long canon menaçant était pointé vers le crâne à peine visible d’un Unificateur en faction, près de la tourelle.

Jarel s’imagina mentalement sa mort, le doigt sur la gâchette. Sentir le contact froid de son arme sur son doigt le rassura quelques peu. Mâchant lentement l’épais et solide morceau de tabac, il pouvait sentir le goût âcre de la substance lui brûler la gorge, mais elle restait une présence plus agréable que le goût du sable qui menaçait de le faire tousser ou éternuer à tout moment. Putain mais qu’est-ce-qu’il foutait ? Ouvrir la voie mon cul ! Encore une minute dans ce merdier, et sa pauvre carcasse n’allait pas tarder à se retrouver percer d’une multitude de petits trous de douze millimètres. Il expira lentement et cala solidement la crosse de son arme contre son épaule, savourant le faible réconfort que sa présence lui offrait. Soudain le grésillement d’une communication radio lui parvint dans son oreillette de communication. Le soulagement qu’il ressenti faillit le faire pleurer de joie.

-Area Clear. A vous de jouer bande d’enfoirés.

Un sourire féroce apparu sur le visage de Jarel et d’un geste sec il arma son fusil, le cliquetis métallique étant étouffé par le bruit puissant du vent. C’était à lui d’entrer en scène à présent. Fermant son œil gauche, il se pencha vers la lunette de visé qu’il avait lui-même installé. Il ne disposait pas d’estimateur de distance mais il savait qu’il n’avait pas besoin de sniper, et de toute façon il n’aurait pas pu en avoir. C’était déjà un miracle d’avoir pu mettre la main sur un fusil d’aussi bonne qualité. Il inspira lentement et retint sa respiration. La tête masquée par un lourd casque de combat, munis d’un système optique amélioré aux lentilles rougeoyantes, le tuyau d’un imposant masque à gaz partant dans son dos : l’Unificateur lui était clairement visible à présent. Dans quelques instants il roulerait au sol.

-Bang !

La pression de la gâchette fut plus difficile qu’il ne l’aurait cru, la douille fumante de son fusil n’avait pas encore touché terre que le corps sans vie de l’Unificateur s’était affalé au sol. C’était maintenant que ça allait chauffer pour leurs fesses ! Le camarade de sa victime n’était pas resté les bras croisés et avait immédiatement fait feu, le long canon rotatif de l’impressionnante mitrailleuse se mit en branle dans un bruit assourdissant, criblant le sol de balles. Nul doute que si une telle puissance de feu le touchait il allait finir en tas de pulpes sanguinolentes, et jouer la charcuterie froide n’était pas dans ses priorités. Roulant sur le côté, il espérait que son pathétique couvert le protégerait suffisamment longtemps pour que Nils ait le temps d’intervenir. Dans un éclair de feu, une roquette partit des ruines dans un sifflement strident. Percutant avec violence la tourelle, la tête blindé du projectile généreusement pourvu en explosifs ne fit qu’une bouché de sa cible. Les débris fumants, de ce qui était à présent une torche de métal incandescent, n’étaient pas encore tous retombés que déjà Jarel et ses camarades envahissaient les lieux au pas de course.

Comme prévue aucuns tirs de protections ne vinrent gêner leur progression. Le Boss et les autres avaient bien fait leur boulot, à eux de faire le leur. Se débarrassant de sa cape de camouflage, pour révéler un homme dans la trentaine le visage mal rasé et le crâne recouvert d’un bandana, il cracha sa chique et entama une course rapide qui le mena vers une ruelle défoncé qui menait droit à l’avant-poste, qui se résumait en un ensemble de bâtiments civiles que les forces militaires d’Immanis avaient reconvertis en abris fortifiés. Les échos de coups de feu échangés pouvaient se faire entendre au loin, les autres avaient visiblement déjà engagés le combat avec l’ennemi. Suivit de près par ses huit camarades, à l’équipement hétéroclite, il s’aventura dans le premier bâtiment à sa porté. Le fusil pointé devant lui, tous ses sens étaient en alerte. L’odeur de la poudre flottait dans l’air, ainsi que celle du sang et de la chair humaine carbonisé, nul doute que ça déménageait sec aux étages supérieurs !

Se collant contre le mur du couloir, il balayait la zone à l’aide de son arme. Les lieux semblaient à l’abandon, toutefois les cloisons aux peintures défraîchis étaient illuminés par les lueurs blafardes de néons installés au plafond, signe qu’il y avait un générateur électrique non loin. Déglutissant avec difficulté, il tourna vivement à l’angle du couloir, prêt à faire feu. Une simple cage d’escalier se révélait à lui, d’apparence branlante, les marches rouillées ne semblaient pas pouvoir supporter son poids. Les échanges de tirs se firent plus distincts, apparemment la fête se passait en haut ! Grimpant au pas de course les marches pourris de rouille, il pouvait clairement entendre ses camarades en faire de même. Le souffle court, le poids de son équipement d’assaut commençait à lui peser. Encore trois marches et il atteindrait le dernier étage ! Entamant une rapide roulade, il arriva derrière un couvert que représentait un pilonne de béton suffisamment épais pour cacher son immense silhouette. Jetant prudemment un œil derrière sa protection sommaire, il pouvait voir que les soldats d’Immanis menaient une bataille acharné contre un ennemi inconnu qui leur faisait face.

Le front principal avait été ouvert par le Boss, à eux de leur couper toute retraite et de finir le boulot. Basculant son arme en mode automatique, il fit un rapide signe à ses camarades qui vinrent se mettre en position de tir. Jarel s’offrit le plaisir de commencer la danse en vidant un chargeur sur sa première cible. Les balles à têtes perforantes creusèrent un sillon sanglant dans le corps du premier Unificateur, pénétrant aisément la protection dorsale de son armure de combat et le jetant au sol. Une pluie d’acier déferla sur les soldats en armures, encore trois autres mordirent la poussière tandis que les survivants tentaient d’organiser un semblant de réplique. Une réplique qui ne ce fit pas attendre, regagnant intelligemment son couvert le commando pu assister à la mort de son camarade. Comme un fruit trop mûr sa tête avait proprement éclaté, répandant des esquilles d’os et de cervelles à travers la pièce. Pauvre Jack…Plus de tournées à la Gueule de Bois pour lui. Comprenant la délicatesse de la situation, ses camarades suivirent son exemple et gagnèrent un couvert, non sans que trois autres hommes finirent hachés par les salves meurtrières de la SSX.

Le bruit sifflant des balles passaient beaucoup trop près de ses oreilles au goût de Jarel. Couvrant le son de sa voix, les détonations des balles explosives empêchaient toute communication. Le bruit se stoppa soudainement, sans aucun doute que son manieur avait compris que le canon avait besoin d’être refroidis, c’était une occasion à ne pas manquer.

-Nils ! Le Cracheur !

Mettant son fusil en bandoulière, il réceptionna juste à temps le court lance-grenade que son ami venait de lui jeter. Faire plus rustique que le Cracheur était impossible. Se composant d’un simple tube oblong, qui accueillait une grenade surpuissante, d’une crosse et d’une lunette de visée très approximative ; l’arme avait le don de s’enrayer aux mauvais moments. S’assurant de son bon fonctionnement, il quitta brièvement l’abri de son couvert et sans s’inquiéter d’assurer sa visé il pressa la détente. Dans un bruit sourd, le pain d’explosif jaillit du tube pour venir rouler aux pieds des Unificateurs. L’explosion fut cataclysmique, tant et si bien que Jarel se demanda un instant si les fondations branlantes de l’immeuble tiendraient le choc. L’écho de l’explosion s’étouffa peu à peu, laissant un immense silence planer sur le champ de bataille. Ouvrant les yeux, le commando s’autorisa à entrer dans la salle, arme levé. Il émit un sifflement d’admiration, lorsque le champ de destruction où se mêlait corps gisants et membres arrachés se dévoila à sa vue. Des Unificateurs en faction dans l’avant-poste, il ne restait plus que des corps démembrés et défigurés.

-Vous avez pris votre temps !

Levant les yeux pour voir le visage jovial de Keller, maculé de suie et de sang, celui-ci paraissait plutôt heureux de la tournure des événements. Son fusil à canon scié contre l’épaule, malgré son état de fatigue visible il affichait un grand sourire. Poussant avec mépris du bout de son pied un cadavre d’Unificateur, il logea une dernière balle dans sa boîte crânienne avec une joie sadique non dissimulé. Keller avait de bonnes raisons d’en vouloir aux salopards d’Immanis, mais Jarel lui n’était pas du genre à s’acharner sur la viande froid, au contraire de certains de ses camarades qui pillaient déjà les cadavres.

-On a agit comme prévu, c’est vous qui étiez trop rapide, apprend à respecter le timing la prochaine fois ! Où est le Boss ?

Désignant d’un geste négligeant une silhouette assis sur un bloc de béton, le jeune homme ne daigna pas lui répondre. Sans doute la bataille avait eu foi de sa verve légendaire. Keller avait beau se donner des airs de durs, il restait un gamin qui en avait trop vu, mais la vie dans les sous-sols faisaient aisément fi de ce genre de détails. Appliquant une tape amicale sur l’épaule de son amie, le vieux soldat rejoignit celui qu’il nommait respectueusement « Boss ». L’air las et perdu dans ses pensées, celui-ci jouait insouciamment avec le barillet de son révolver. Il semblait réellement absorbé et Jarel cru bon de ne pas le déranger. Il pu donc le détailler à loisir, chose qu’il ne faisait que rarement par peur de lui manquer de respect. Il fallait dire que le bonhomme valait le coup d’œil, avec sa peau scarifiés et distendus, parcourus de veinules violacés et boursouflés. Victime d’une grenade incendiaire, le Boss en gardait toujours les marques profondément ancrés sur son visage, il en avait gagné le surnom de « Tête Cramé ». L’implant mécanique qui avait remplacé son œil gauche, et qui diffusait une froide lueur verte pâle, devait lui faire atrocement mal.

-Pendant combien d’temps tu comptes encore me mater comme ça ? T’as besoin de compagnie soldat, peut être ?

Pris sur le fait, il afficha une mine gêné et balbutia quelques mots d’excuses. Comme d’habitude, son supérieur avait le don de le déstabiliser. Et comme d’habitude encore une fois il ne trouvait plus ses mots.

-Comment se sont débrouillés les autres et ce que nous allons faire ensuite je parie ? Je viens de recevoir leur rapport à l’instant : l’action coordonnée à été un succès, les pertes sont minimes de notre côté.

Une nouvelle fois le Boss faisait preuves de ses talents pour lire dans le cœur des hommes. Personne ne connaissait la véritable identité du Boss ou son passé, tout juste si l’on savait qu’il était un gros bonnet d’Ame Libre. Mais il transformés des racailles de Liberia en soldats d’élites, en leur fournissant un véritable armement et un véritable entraînement, qui leur permettaient à présent de rivaliser avec les Unificateurs. Pour tous, le Boss était un vrai père et tous étaient prêt à le suivre jusqu’en enfer. Charismatique, intelligent et toujours à la pointe des combats, il menait chaque assaut personnellement, n’hésitait jamais à affronter le danger et n’avait jamais exposé ses hommes à une menace inutile. Selon les mots de Nils et des autres, le Boss en avait une sacrée paire, et c’était également l’avis de Jarel.

-Et qu’est-ce-nous fait ensuite Boss ? Ca fait le troisième avant-poste que nous conquérons. Mêmes s’ils sont situés dans le trou du cul de la bordure extérieur de la Frontière, Immanis ne restera pas les bras croisés.

Un sourire effrayant illumina le visage du vieux soldat. Lorsque Tête Cramé était en colère c’était déjà terrifiant en soit, mais lorsqu’il souriait…On pouvait sur que la personne à qui il pensait alors, allait passer le plus sale, et le dernier, quart d’heure de son existence.

-Après ? Nous marquerons d’un sceau ensanglanté chaque place que nous croiserons ! Je veux qu’ils se souviennent de notre passage ! Et les corps démembrés, défigurés et écartelés seront le témoignage de notre venue ! Ils apprendront à nous craindre ! Et ensuite : ce sera le tour d’Immanis !
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Andreï Yegimovitch
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MessageSujet: Re: Aube Noire sur Immanis   Jeu 19 Fév - 22:19

Chapitre III-Semeurs de Mort



-Trop lent !

Le coup d’estoc que porta Yzack à son adversaire fut immédiatement bloqué par la poigne d’acier du Colone Ortlof. Celui-ci avait empoigné son poignet et exercé une pression avec une telle vigueur, qu’il fut obligé de lâcher son arme. Son adversaire ne s’arrêta pas là, le déstabilisant en effectuant une brusque poussé inverse sur ses genoux, il le projeta aisément au sol une fois son centre de gravité déplacé. Basculant par-dessus son épaule, le soldat Varas retint un grognement lorsqu’il sentit son corps atterrir sèchement sur le béton. Le colonel termina sa prestation en plaçant son propre couteau sous sa gorge. Nul besoin d’un schéma pour comprendre que dans un combat réel il serait déjà passé de l’autre côté, la gorge tranchée. Mais fort heureusement pour lui, le lieutenant-instructeur Donovan les avait confiés, lui ainsi que Marvin et Gregorian, aux bons soins du Colonel Orlof, n’ayant visiblement pas encore jugé nécessaire de les envoyer sur le champ de bataille. L’entraînement qu’il avait subit à Exima Proxus, ressemblait à une promenade de santé par rapport à ce que le vétéran leur faisait vivre tous les jours. Jamais il n’aurait cru regretter un jour l’époque où il était sous les ordres de Donovan. Son unique consolation était de savoir qu’il n’était pas le seul à peiner.

En effet Marvin et Gregorian peinaient eux-aussi à maintenir le rythme infernal qu’on leur imposait. « Vous avez été sélectionnés ! ». Tels étaient les derniers mots qui furent déclarés par leur ancien Instructeur lorsque celui-ci leur avait présenté, le sourire aux lèvres, le Colonel Orlof. Les cheveux taillés à l’iroquoise, le cigare à la bouche et les lunettes sur les yeux. Il avait cru à une blague la première fois qu’il avait vu le vétéran, ce n’était que plus tard lorsqu’il avait appris qui il était vraiment que son envie de rire c’était nettement refroidie. Ancien membre d’élite des Forces Spéciales, Fils d’Immanisius ; il faisait actuellement partit de la Garde du Patriarche. Une élite à qui incombait le devoir de protéger le Père. Comme quoi les apparences sont trompeuses. Bien plus coriace et expérimenté que tout ce qu’il avait pu voir depuis le début de son entraînement, l’ancien chef de l’Unité Scylla était clairement impressionné et surpassé. Orlof semblait invincible, infatigable et doté d’une imagination cruelle pour leurs entraînements qui dépassaient la simple notion de sadisme.

Ses méthodes étaient simples : les jeter dans l’eau jusqu’à ce qu’ils apprennent à nager. Ainsi ils répétaient inlassablement les mêmes exercices, tous les jours. Les recrues qui avaient succombés à cet enfer était au nombre de cinq actuellement, Marvin s’amusait à tenir ce décompte funèbre, peut être trouvait-il dans cela une source de réconfort. Exilés dans une portion hostile du territoire, Yzack et ses deux camarades n’avaient pas été les seuls « sélectionnés ». D’autres recrues venant de différents centres étaient amenés régulièrement ici. Tant et si bien qu’il régnait une agitation perpétuelle à la base, entre les nouveaux arrivants et les anciens qui éprouvaient un froide mépris envers ces bleus qui ne connaissaient visiblement rien au véritable enfer. Mais aussi dur et impitoyable que pouvait être le Colonel Orlof, son objectif restait de faire d’eux les meilleurs ; et il devait avouer que depuis qu’il était ici il avait progressé à une vitesse qu’il n’aurait jamais cru atteindre.

-Votre camarade ici présent est un homme mort ! Il n’est pas mort parce que j’ai mon couteau sous sa gorge. Il est déclaré comme mort car il a lâché son arme ! Qu’on se le dise ! Votre poignet peut se faire briser ! Votre bras peut se casser ou votre corps se faire trouer de part en part ; ne lâcher jamais votre arme ! Sur le champ de bataille elle sera votre seule amie !

Libérant la jeune recrue de son étreinte implacable, il range sa lame avec une dextérité effroyable dans la gaine de cuir de sa ceinture. Tendant une main amène au soldat, il le remit sur pied sans effort et lui enjoignit de regagner le rang. Personne dans le rang n’osa proférer la moindre remarque. Au garde à vous, les recrues savaient parfaitement qu’elles avaient échappés au sort qu’Yzack avait subit uniquement parce qu’ils avaient eu la chance de ne pas avoir été choisit par le Colonel. Se tenant fixement face aux aspirants, le membre de la Garde du Patriarche s’apprêtait à faire son discours habituel.

-Qu’est-ce-qui amène à la défaite sur le champ de bataille ? Le savez-vous ?
Personne n’osa souffler mot.
-Personne ? Et bien je vais vous le dire : c’est l’hésitation ! Parce que vous hésiterez votre adversaire portera le premier coup ! Parce que vous hésitez votre camarade sera tué ! Parce que vous hésitez l’ennemi saura que vous êtes faibles, et lui n’aura aucunes hésitations ! L’être humain est faible et hésitant par nature. Vous n’êtes pas humains ! Vous êtes des armes ! La seule chose que l’on vous demande c’est tuer ! Et la seul chose qui vous importe est de savoir comment tuer votre adversaire !

Marchant de long en large, il plongeait son regard noir dans les yeux de toutes les recrues présentes. Son ton puissant faisait vibrer les hommes et ses paroles s’inscrivaient au fer rouge dans leurs esprits. Il s’accorda une pause et repris son discours.

-Est-ce-que je me suis bien fais comprendre ?
Tous les soldats présents répondirent à l’unisson par l’affirmatif.
-Bien ! En avant pour la Marche du Désert ! Vous viderez vos gourdes et vous prendrez cinq kilos supplémentaires. Au pas de course !

Dans un bruit cadencé de bottes martelant le sol, les Fils d’Immanisius en formation entamèrent les préparatifs pour l’entraînement. La Marche du Désert portant bien son nom. Il s’agissait de courir à l’ « extérieur » en tenue lesté et sans eau. A défaut de sable, les vents ardents en provenance des nombreuses zones industrielles des alentours étaient parfaits pour assécher la peau. Gregorian avait émis l’hypothèse que l’épreuve était destiné à tester et améliorer leur endurance, mais Marvin lui pensait, tout comme Yzack et ses camarades, que ce n’était qu’une autre épreuve sadique destiné à satisfaire les pulsions malsaines du colonel.

-Dans combien de kilomètres tu t’écrouleras Yzack ?

L’individu qui avait posé cette charmante question était Aximand Ganford. S’il n’avait pas connu Gregorian avant, il n’aurait jamais pu croire qu’un homme comme Aximand puisse fouler la terre. De tous les aspirants réunis en ces lieux maudits, il était le seul qui non seulement supportait le régime qu’on leur imposait mais qui s’en tirait avec de meilleurs résultats que les autres. Il était le seul avec qui Orlof était sérieux lors des exercices, il n’avait pourtant rien de remarquable sur le plan physique. D’une taille, d’une corpulence et d’une carrure égale à celle de l’ancien membre de Scylla, il se départageait du reste du groupe par une barbe parfaitement taillé et de longs cheveux noirs sombres réunis en un chignon. Avec ses cheveux en bataille, ses épais sourcils et ses yeux de prédateur, il avait tout du carnivore à l’affut. Il était un de ceux qui venait d’un autre centre d’entraînement, aussi aucuns des anciens membres de l’Unité Scylla n’avait entendu parler de lui mais il s’était fait rapidement un nom, celui de Wolfagle. Le loup des bourrasques. Envié par tous les membres du groupe, il s’amusait régulièrement à attiser leur colère, mais Yzack n’était pas idiot et il répondit en gardant son calme.

-Sans doute dans plus de kilomètres que toi Aximand, dit-il tout en affichant un sourire bienvaillant.

Sa ceinture de poids remplis, il quitta sa présence et regagna la compagnie de Marvin et de l’ancien sniper de Scylla. Etrangement, la relation tendue qu’il entretenait alors avec Gregorian Osher s’était calmé. Sans doute celui-ci avait fait le choix stratégique de se faire un allié ici. L’ours avait déjà son paquetage sur le dos et son masque à oxygène ainsi que ses lentilles de protection sur les yeux. Entamé la course sans se matériel relevait de l’inconscience.

-Tâchons d’ leur montrer c’que valent les membres de Scylla !

Yzack acquiesça silencieusement avant de s’équiper à son tour et d’ajouter vaguement un « c’est ça ». Les vents ardents de la Marche du Désert les attendaient et il n’allait pas les faire patienter.

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Entassés dans ce qui semblait être une minuscule salle de débriefing, Yzack essayait de distinguer les silhouettes de ses camarades à travers la relative obscurité de la pièce. Il expira lentement en essayant d’ignorer la sueur moite qui coulait dans son dos, et qui lui donnait la pénible sensation d’avoir le coton rugueux de son t-shirt collé contre sa peau. Il avait ignoré l’existence d’une telle pièce, mais il devait s’avouer que mis à part les champs de tirs, les baraquements, la cantine et les divers autres lieux d’entraînement ; il ne connaissait rien de l’immensité de la base. Mais il y avait une chose qu’il savait, pour rien au monde il aurait voulu se retrouvé entassé ici, le cul posé sur une chaise branlante à regarder l’image abîmé d’un vieux rétroprojecteur. Cependant le ton grave du Colonel Orlof l’incitait à accorder la plus grande attention à ses propos. Dans un click sonore, l’image change de nouveau pour montrer la carcasse encore fumante d’un blindé. Au vu du châssis de l’appareil, il reconnu un Agressive Mk II.

-Cet appareil de patrouille commandé par le lieutenant Yolenko du cinquième régiment de la 102eme, a été détruit lors d’une patrouille normale sur la Bordure Extérieure de la Frontière.

L’image du blindé disparu pour afficher celle d’un soldat en tenue complète d’Unificateur, un énorme fragment métallique perçait son ventre de part en part. Il n’y avait pas besoin d’être un génie pour savoir ce qui avait pu causer une telle blessure. Les images se succédèrent pour afficher des représentations d’avant-postes en ruines et d’autres installations de la Frontières, déclarés comme perdu aux yeux d’Immanis. La simple vue des photos le révoltait. Les Libériens étaient les ennemis naturel de leur glorieux régime, il était impensable que ceux-ci s’autorisaient à défier la paix sur leur propre territoire.

-Ces attaques, bien qu’habituel dans la région, se sont intensifiés il y a peu. Les raids sont soudainement devenus plus violents et nombreux. Dorénavant nous avons affaire à des bandes très bien armés et organisés capable de venir à bout de nos forces de combat sur le terrain. Si la situation continue à dégénérer c’est Immanis qui risque d’en pâtir, et le Père ne veut pas d’une telle insulte !

Si le gradé citait le Père Immanisius, c’était que ce qu’il allait annoncer était capitale. Mais ce qu’il voyait était tout bonnement inconcevable. Lorsqu’il était encore à l’Académie on lui avait enseigné que les forces armées de Liberia était bien inférieur en nombres et en matériel, que la division régnait là-bas et que leurs actions étaient semblables à celles des technos-barbares des temps anciens. Comment avait-il pu évolués autant en si peu de temps ? Tout au fond de lui, Yzack sentait l’envie brûlante d’en découdre, après avoir subit l’enfer pendant des mois il avait envie de prouver sa valeur. La même envie et passion se lisait sur le visage de ses camarades, suspendus aux lèvres de leur instructeur.

-Si vous avez été réunis ici aujourd’hui c’est parce que vous êtes considérés comme les meilleurs ! Notre armée est forcée d’adopter une position défensive, pour éviter les possibles attaques terroriste sur notre territoire. Nous ne pouvons accepter cela ! Nous avons été chargés d’une mission sacrée ! Celle d’exterminer ! Vous apporterez la mort chez cette racaille souterraine et vous leur ferez comprendre qu’on ne s’attaque pas impunément à Immanis ! Du tranchant de vos lames et de la fureur de vos armes, vous leur ferez comprendre leur erreur !

Peu à peu les recrues se levaient de leur siège et proférait des cris d’enthousiasme. Le délire gagnait peu à peu les hommes survoltés à l’idée d’aller sur le champ de bataille.
-Nous ne nous arrêterons pas à la Frontière ! Nous apporterons la mort et la destruction chez eux ! Leurs maisons brûleront ! Leurs enfants hurleront ! Leurs femmes nous supplierons ! Et alors ils comprendront l’étendu de notre courroux ! Ce que nous laisseront derrière nous seront des autels sanglants à la gloire du Dieu du Massacre !

-Mort ! Mort ! Mort ! Mort !

Les cris scandés par les hommes présents dans la salle étaient de plus en plus sonores, et Yzack mêla sa voix rude au chant guerrier. Les paroles tranchantes étaient autant de promesses de mort et de destructions pour les habitants de Liberia. La clameur guerrière se transforma bientôt en un unique cri de haine primale, qui ressemblait davantage à une oraison funèbre. Bientôt les cris de souffrance des ennemis du Père viendraient se mêler à ce chant de mort.
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MessageSujet: Re: Aube Noire sur Immanis   Mar 17 Mar - 18:25

Chapitre IV : Au plus haut des Cieux :



Assis avec nonchalance sur l’immense banc de marbre finement veiné de vert du Dôme du Conseil, ses maigres avant-bras, dénué de toute pilosité, aisément cachés par l’épaisse toge blanche aux bandes rouges qui le recouvrait entièrement ; Corvius Primo se délectait de la lumière chaude du soleil qui inondait l’assemblé. Les yeux fermés, il goûtait à ce plaisir simple, un privilège pourtant réservé aux hautes castes de la société. L’unique chance qu’avaient les rampants des niveaux inférieurs de voir l’astre solaire et ses rayons étincelants était sur plaque holographique. La lumière irréelle d’un éclat puissant se reflétait sur les larges parois vitrées du Dôme. Elle distillait sa chaleur partout, sans pour autant gêner en quoique ce soit les personnages de hauts rangs occupés à palabrer entre eux avec gravité. Une climatisation parfaitement régulé distillait juste ce qu’il fallait d’air frais pour transformer les lieux en une citadelle du bien-être. Qu’il était bon de faire partie des Elues.

Ouvrant les yeux, le noble rajusta sa toge sur son épaule. L a blancheur immaculée de son vêtement mettait en valeur un blason doré qui représentait un aigle prenant son envol. Le symbole de sa caste : celle de la noblesse. Une caste dont Primo Corvius était le premier Legat, c’était par sa voix que s’exprimait les membres les plus éminents de la société. Il était difficile de croire que ce petit vieux grisonnant d’apparence fragile et à la peau profondément ridée incarnait autant de pouvoir et d’influence. Mais si le premier Legat semblait fragile de corps, il ne l’était pas d’esprit. Celui-ci faisait montre de facultés incroyables, d’une intelligence acerbe et retorse qui forçait le respect. Même s’il n’était pas guerrier il pouvait se révéler un adverse farouche en matière de politique. Une figure importante dans cette démocratie fantoche qu’avait instauré Immanisius III. Cela faisait longtemps que Primo ne se faisait plus d’illusions. Si cette idée de « démocratie » avait réussie à séduire le peuple et à le mettre en confiance, maintenant que celui-ci était aussi calme et apathique qu’un mouton il n’y avait plus à s’embarrasser de faux-semblants.

C’était bel et bien une dictature qui régnait. Une dictature dont la pièce centrale était l’Ordre Militaire dirigé par le Commandeur Suprême O’Connor. Lorsque le Père daignait se présenter aux audiences c’était par sa voix qu’il s’exprimait. A l’inverse de ses prédécesseurs, Immanisius III avait fait preuve d’une plus grande clairvoyance. Il savait qu’il avait besoin du soutient des hautes castes pour asseoir une domination totale sur Immanis. Un soutient qu’il savait qu’il ne pouvait obtenir par la force. C’était ainsi qu’était né le Conseil. Constitué de quatre ordres régnants, ceux-ci contribuaient au pouvoir du dictateur et en échange ils obtenaient divers compromis qu’ils espéraient le plus profitable pour eux. Cette démocratie se résumait donc à un vulgaire marchandage de pouvoir et de bons procédés où tout le monde semblait y trouver son compte.

La Noblesse fournissait un appui symbolique au dictateur en place en échange de privilèges, les Exploitants fournissaient argent et matériels au régime et recevaient comme rétribution le droit de commerce dans tout Immanis. Les Sophos s’étaient peu à peu départagé de la Caste Militaire et contribuaient à l’amélioration de l’armée du point de vue technologique, de ce fait ils exigeaient des fonds et un droit de vente sur certaines technologies développés. La Caste Militaire était l’outil du régnant qui l’utilisait comme une arme d’intimidation pour imposer sa domination sur tout le territoire. Une domination que tout le monde savait contester dans les niveaux les plus bas. Le nom de Liberia était tabou au Conseil. Il l’était davantage depuis quelques temps. La noblesse était très bien informée et ne se laissait aucunement berné par les services de censure de l’information du régime. Elle savait Immanis de plus en plus menacé par des actions terroristes menés depuis la frontière et qui visait des avants postes stratégiques. Ce n’était plus qu’une question de temps avant que cette racaille ne prenne pied dans Immanis et organise des actions de plus grande ampleur à l’intérieur même de la cité.

Le premier Légat savait que les autres Ordres étaient également au courant et que tous aujourd’hui étaient là pour la même chose : des comptes à Immanisius. Celui-ci ne respectait pas sa part du contrat en faillant à sa tâche de protecteur : leurs intérêts étaient menacés. Tout ceci était proprement intolérable pour la noblesse et Primo se devait de le faire comprendre. Concentrant son attention sur l’assemblé de toge blanches qui parsemaient l’immense amphithéâtre aux bancs de marbre ; son regard se stoppa sur le visage cybernétique du chef des Sophos. Le Premier Directeur Ryxor claudiquait d’une démarche mécanique, veillant à ne pas se prendre les pieds dans sa longue toge qui lui cachait les pieds. Tout le monde savait que la moitié de son corps était robotisé, un stupide accident de laboratoire qui l’avait défiguré à jamais. Quelles pensées pouvaient donc habiter ce tas de ferraille ? Primo Corvius n’eut pas le loisir de creuser davantage la question car son assistant vint brutalement le tirer de ses réflexions :

-Vous ne connaissez pas la dernière ? Le Père se déplace en personne aujourd’hui ! Et avec tout les vilains !

Bien qu’un peu trop ardent et bouillonnant de nature, Oscar se révélait un assistant tout à fait remarquable de part sa mémoire proprement extraordinaire et un don pour laisser traîner ses oreilles quand il le fallait et où il le fallait. Ainsi la nouvelle qu’il venait de lui rapporter était assez notable pour mériter l’attention du Légat. Immanisius III se déplaçait rarement au Dôme, même si celui-ci était une annexe à sa résidence privé. Ainsi le seigneur Immanisius allait les honorer de sa présence, et visiblement il n’allait pas venir seul. Les vilains étaient un terme de jargon politique pour désigner la garde rapproché du dictateur. Les éléments les plus importants de cette escorte étant le chef des Fils d’Immanisius et le Commandeur Suprême O’Connor. Si Primo avait un certain respect pour le sang froid et la tenue exemplaire du Commandeur, il en était tout autre pour le fils du tyran. Dumb, comme on le nommait, n’était rien d’autre qu’une brute sanguinaire innommable dont la place était davantage dans un charnier qu’en milieu civilisé.

Se parant d’une arrogance maladive, il étalait sans aucune pudeur son attrait pour la violence en s’équipant de toutes sortes d’armes toutes plus meurtrières les unes que les autres. Un élément instable et dangereux. Quoiqu’il en soit, la venue du Père était un événement bien trop important pour être ignoré. Il s’autorisa à penser à voix haute.

-Pourquoi donc notre bon tyran assisterait à la séance…
Son assistant haussa les épaules et répliqua.
-Peut-être tient-il à faire une annonce particulièrement importante de lui-même.

Si Oscar se révélait compétent sa naïveté était presque touchante. Il n’y avait pas d’apriori en politique et jamais le dirigeant d’Immanis ne se serait déplacer pour si peu. Non. Il y avait quelque chose de bien plus important qu’une simple annonce derrière tout ça. Les sens affutés de prédateurs du vieux politicien qu’était Primo Corvius se mirent en branle. La seule explication possible étant qu’il souhaitait faire passer une motion qui nécessitait le poids de sa présence. Les motions que chacun souhaitaient faire passer au Conseil étaient débattues avant d’être voté par Ordre. Chaque Ordre possédant une voix, l’Ordre Militaire bien sur s’arrogeait le droit de faire pencher la balance dans son droit lorsqu’il y avait égalité. Le son puissant du gong annonça le début de la séance et les bruissements de paroles se turent, le temps que tout le monde regagnent sa place. Les bancs attribués à chacun furent bientôt remplis et un silence étouffant, lourd de tension s’abattit sur l’hémicycle. Le Légat avait appris à savourer ces moments…le calme avant la tempête.

Dans un grincement sourd, les lourds battants d’airain frappé du symbole du lion s’ouvrirent lentement. Le pas cadencé des bottes de la Garde du Patriarche, la garde rapproché du Père, frappant contre le marbre résonna bientôt dans les lieux. Le corps recouvert d’une combinaison bleu-nuit et le visage caché par un heaume à tête de mort ; leurs mains puissantes enserrant une longue épée à double tranchante qui se voulait une arme de cérémonie. Au nombre de douze, ils constituaient l’élite de l’élite même parmi les Fils d’Immanisius. D’aspect menaçant, leurs carrures et l’aura de brutalité pur qui émanait d’eux incitait au respect et à la prudence. Ces mêmes soldats exceptionnels entouraient d’un cercle protecteur une silhouette qui ne l’était pas moins. Immanisius III, vêtu d’une toge blanche vierge de tout ornement, avançait d’un pas modéré en affichant un sourire qui se voulait engageant. Primo se sentit soudain bien vieux. A l’inverse du dictateur il n’avait pas eu la chance de subir un bon nombre d’opérations chirurgicale qui lui aurait rendu sa jeunesse d’antan.

Il exhalait de lui une assurance incroyable, son charisme était presque palpable. Ses yeux pétillants fixaient l’assemblé. Il était secondé par des personnages non moins prestigieux. Le Commandeur Suprême O’Connor, vêtu de la même façon que lui, son teint crayeux se mêlait très bien avec sa tenue. Les yeux fermés, il semblait faire abstraction de tout ce qui l’entourait. Enfin dans l’ombre du haut dirigeant, suivait Dumb. Jetant des regards haineux partout où se posait son unique œil, ses doigts agiles jouaient nerveusement avec une dague ciselés aux arabesques tranchantes complexes. Le Père prit place sur son trône couleur pourpre, ses mouvements étaient d’une grâce et d’une élégance qui ne souffraient d’aucuns reproches. Elargissant son sourire enjôleur, il ouvrit les bras pour embrasser l’assemblé.

-Mes amis, sa voix était puissante et son ton sans faille, c’est un réel plaisir de vous revoir. Je déclare cette séance ouverte et désire commencer en proposant une motion…

Immanisius parlait sans détour, un signe qui trahissait un certains empressement. Que voulait-il donc ? Etait-ce si grave ou alors y avait-il quelque chose de plus profond derrière ça ? Adoptant une posture d’écoute, Primo ne loupait aucune parole et il en était de même pour tous les membres de l’assemblé. Visiblement heureux d’avoir capté l’attention de son auditoire, le dictateur continua son discours :

-Je vais tout d’abord laissé mon ami, le Commandeur Suprême O’Connor, exprimer certains faits.

Celui-ci s’inclina et s’avança vers la balustrade. D’un calme exemplaire, il se contenta de remettre ses lunettes sur son nez et d’un bref signe de la main le noir se fit dans la salle. Ils allaient avoir droit à une séance holographique.

-Voici un dossier qui rassemble tout les événements majeurs dont ont été confronté récemment l’Armée d’Union. Vous pouvez voir ici un plan global de nos positions sur la frontière, ce sont principalement des avant-postes qui nous servent à sécuriser des points de passages vers Immanis.

La carte en trois dimensions flottait dans les airs exposant par des petits points rouges les positions militaires. Formant une ligne soudée, ils étaient espacés de quelques kilomètres seulement. Quelques diodes rouges clignotant faiblement, se perdaient plus à l’intérieur des terres. Elles symbolisaient l’avant-garde de l’armée qui tenait à faire montre d’une certaine initiative dans une guerre qui était depuis longtemps au point mort.

-Récemment nos positions ont subis des assauts répétés et de plus en plus organisés qui ont malheureusement créés quelques…problèmes dans notre réseau de sécurité.

Une nouvelle carte s’afficha. Elle avait radicalement changé. L’avant-garde n’existait plus, remplacé par des petits carrés blancs où flottait la mention « Lost ». Un trou significatif était présent vers la bordure extérieure orientale de la carte. Ainsi le Légat ne c’était pas trompé, il était bien question de la position délicate d’Immanis. Des murmures commencèrent à s’élever dans la pièce, certains venaient tout juste de prendre pleinement la mesure du danger qui les guettait. Comment notre bon Patriarche allait régler ça ?

-Vous avez tous constaté notre faiblesse évidente vers la bordure orientale extérieure de la Frontière, une faiblesse qui n’est plus inconnue. C’est cette même fragilité qui est exploité par nos ennemis. Nous sommes là-bas en situation de guerre ouverte, chaque jour nous dépêchons toujours plus d’hommes qui doivent faire face à des commandos bien armés et entraînés qui les harcèlent nuit et jour. Cet affrontement ne nous coûte pas qu’en homme, il dégarnit peu à peu le reste de nos défenses et affaiblit notre sécurité.

Malgré l’aspect particulièrement tendus de la situation actuelle qui paraissait presque surréaliste le Commandeur gardait son flegme habituel, à l’inverse de certains membres du Conseil qui commençait à s’ébruiter un peu trop ouvertement.

-Le reste de notre force de combat est stationné aux environs d’Immanis en cas d’offensive majeurs, et nous ne pouvons pas la déplacer. Nous sommes actuellement embourbés sur le terrain, nous n’avons rien à craindre de possibles attaques lourdes mais il est déjà fort probable que certaines forces ennemies aient pu infiltrer Immanis.

Le tôlé fut général, les hommes avaient perdus toute contenance et hurlaient en tout sens. Un véritable chaos régnait face à cette brutale annonce. Primo gardait tout son calme, le Père n’avait pas choisit d’exposer aussi gravement la situation sans avoir un plan. Sans aucun doute la motion qu’il préparait allait s’avérer à la hauteur de l’agitation qui régnait.

-Silence !

La voix puissante d’Immanisius avait tonné tel le tonnerre dans l’immense dôme. Son visage n’était plus qu’un masque de fureur froide.

-Je suis bien conscient de la situation ! Mais nous ne resterons pas inactifs ! Nos lames sont déjà dirigées vers Liberia en ce moment même.

Ses paroles firent l’effet d’une douche froide, ramenant le silence dans l’hémicycle. Attaquer Liberia ? Alors que leur frontière était dégarnis et en proie à des attaques de plus en plus violentes ? Avait-il perdu la tête ? La priorité allait à la protection de leurs intérêts et personnes ! Le Commandeur O’Connor reprit la parole.

-Des commandos de Fils d’Immanisius sont d’ors et déjà en place. Avec la coopération des Sophos et du département technologique je puis vous assurer qu’ils sont tout à fait aptes à remplir leur mission. Pour chaque perte que nous subirons, dix des leurs tomberont ! Nous les attaquerons là où ils l’attendent le moins ! Chez eux ! Les frappes seront aussi dévastatrices et nombreuses que celles que nous subissons actuellement, en plus d’un avantage stratégique il forcera l’ennemi à revenir vers sa base.

Il fut coupé dans son élan par un Conseiller de la caste des Exploitants qui prit brutalement la parole, dérogeant à toutes les règles établies.

-Nous ne connaissons rien de Liberia ! Leur effectif pourraient très bien surpasser les nôtres et toute votre opération ne serait rien de plus qu’un gaspillage inutile ! Mieux vaut s’assurer de notre sécurité !
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Andreï Yegimovitch
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MessageSujet: Re: Aube Noire sur Immanis   Mar 17 Mar - 18:26

Chapitre IV: Suite


Il fut immédiatement fusillé du regard par le Commandeur alors que certains acquiesçaient aux paroles de leur collègue. S’exprimer aussi librement et en dehors des règles était très dangereux, nul doute que l’intrépide Conseiller venait d’assurer la fin prématuré de sa carrière.

-Les services de police d’Immanis sont actuellement sur le pied de guerre, trois réseaux ont été démantelés et aucune activité majeure n’a été signalée en ville. Les mesures de sécurité sont au plus haut. La situation est stable du côté de la ville, une attaque sur Liberia nuirait à nos ennemis en plus de les forcer à se replier et d’éliminer leurs sources d’approvisionnements.

Le Légat fronça des sourcils, il n’était aucunement au courant d’une quelconque activité des services de police, il devrait s’informer sur ça. Les débats étaient déjà en cours dans l’assemblé. Il y avait beaucoup à gagné en cas de victoire pour chacun d’entre eux. A l’inverse un échec signifierait des activités réduites et l’instauration d’un climat de terreur dont personne ne voulait. Mais tous avait comprit que se terrer dans son trou n’apporterait rien de bon. Le vieux politicien était mitigé : allait-il engager sa faction dans cette motion ? Jetant un discret regard en arrière. Les membres les plus éminents de la Noblesse le fixaient d’un regard brûlant, tous attendaient sa décision.

-Les Sophos adopte la motion.

Tout le monde se tourna vers la silhouette courbé du Directeur Ryxor qui venait de s’exprimer clairement de sa voix aux intonations métalliques. C’était bien trop rapide ! La Caste Militaire et celui des Sophos étaient-ils de mèches d’une quelconque façon ? Non. Peut être que ceux-ci déclaraient leur confiance en le matériel qu’ils avaient développé ? En tout cas cet engagement était sérieux, la Noblesse et les Exploitants devaient s’exprimer à présent. Si les Exploitants adoptaient la motion il n’aurait d’autre choix que de se ranger. Le leader de la caste des Exploitants, Admet, devait s’exprimer. Son visage rond était en pleine réflexion. Entouré de ses collègues les plus influents, le débat faisait rage. Soudain celui-ci se décida :

-Les Exploitants demandent la parole…

--------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------

Assis confortablement dans le cuir mou de sa luxueuse voiture de fonction au design effilé, il laissait son regard glisser sur le paysage à l’extérieur qui défilait à toute vitesse. La vitesse formidable de la Leo réduisait l’environnement extérieur à un amas de formes flous et de lumières éclatantes. La nuit avait déposé son plus profond voile d’ombre sur la cité endormie. Les lumières scintillaient comme autant d’étoiles et rappelaient au Légat des temps plus joyeux. La séance avait duré plus de six heures, les Exploitants avaient voulu établir en règles leurs conditions avant d’accepter la motion. Au bout de longues heures de débat âpre, ils avaient fini par accepter. La Noblesse n’avait eu d’autre choix que de se ranger, au moins Primo avait-il évité de prendre d’initiative par lui-même. En cas d’échec il ne serait pas tenu pour responsable, enfin il l’espérait.

Son assistant était en face de lui et compulsait nerveusement ses notes. Ses yeux brillaient d’une excitation juvénile que le vieil homme lui enviait. Il était blasé de l’existence, même si cette affaire d’invasion de Liberia venait tout juste de réveiller son appétit pour la chasse. Son instinct et son flair de politicien aguerris lui soufflait qu’il y avait quelque chose de bien plus profond derrière tout ça. Il avait déjà contacté ses services d’informations qui travaillaient d’arrache pied pour lui fournir des résultats. Comment Liberia avait soudainement trouvé les ressources pour se risquer à les affronter directement ? Pourquoi le Commandeur semblait-il aggraver délibérément la situation ? Et enfin pourquoi se risquer à attaquer Liberia après des années de stabilité ?

Tout autant de questions qui restaient sans réponse. Il reporta son attention sur Oscar et le questionna soudainement :

-Du nouveau sur ces fameuses unités commandos ?
Le jeune homme leva la tête et montra sa plaque à cristaux liquide où s’affichait une liste de noms en rouge.
-Nous n’avons strictement rien à ce sujet. Nous avons vérifié l’état des effectifs des casernes et malgré un camouflage remarquable, il est évident que certaines personnes ont mystérieusement disparu.
-Les membres du commando...Termina Primo
-Eux-mêmes ! Mais nous n’avons rien sur leur identité ni sur leur organisation, nous pourrons chercher du côté des Sophos ou de la Caste Militaire mais nous ne trouverons sans doute rien de plus.

Le Legat eut un pincement de mécontentement. Le régime si était pris avec un soin et une batterie de mesures de précautions qui ne lui ressemblait pas. Résultat : il ne savait même pas qui allait assurer son destin ! Il était tout aussi probable que ce commando n’exista pas ! Il fut pris d’une rage passagère qu’il essaye de calmer. L’énervement ne menait à rien de bon. Son rôle commençait à lui peser, il avait engagé sa faction sans savoir ce qui les attendait. Levant la main il fit comme si il voulait prendre quelque chose à même le vide :

-Nous avons confié notre défense à des fantômes…
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MessageSujet: Re: Aube Noire sur Immanis   Ven 10 Avr - 18:31

Chapitre V: Danse avec la mort:




L’effet n’était pas plaisant mais il n’était pas dérangeant pour autant. Yzack se doutait qu’il lui faudrait encore quelques mois, pour s’habituer totalement aux nombreuses modifications qu’avait subis son corps. Même s’il n’aimait pas cette sensation d’inconfort, il ne cessait de s’extasier sur ce nouveau physique qui était dorénavant le sien. Il n’avait plus rien de l’ancien Yzack Varas de l’Unité Scylla qui se démenait sur les terrains d’entraînements d’Exima Proxus, pour atteindre une improbable perfection. Cette même perfection qui était dorénavant sienne. Son corps était à présent bien plus solide, épais et puissant qu’il ne l’avait jamais été. Il avait survécu à l’enfer, et son corps comme son esprit était une machine à tuer froide et efficace qui avait effacé de son vocabulaire toute notion de peur ou de défaite. Ses muscles puissants suintaient d’une sueur luisante qui faisait ressortir les contours nets de ses abdominaux et de ses pectoraux.

Le métal et le carbone se mêlait à la chair. On avait de toute évidence travaillé son corps de manière chirurgicale et des bourgeons de métal émergeaient vers ses articulations et à hauteur de sa nuque. Un squelette d’acier avait été greffé à même sa peau, ses reliefs sombres se découpant très nettement de la silhouette naturelle de l’homme. L’exosquelette recouvrait une grande portion de son dos, des fibres de muscles artificielles s’étendant de toute part prenaient naissance vers une colonne vertébrale artificielle faite d’un alliage de carbone. Parfaite alliance de la machine et de l’homme il ne semblait pas gêner outre mesure par les épais dispositifs qui auraient dû restreindre ses mouvements. Le visage concentré dans un effort physique intense, le soldat devait s’entraîner depuis plusieurs heures pour en être arrivé à un tel niveau d’épuisement. Son nouveau corps avait été conçu pour lui donner une endurance proprement incroyable.

Les muscles brûlants, les méca-muscles et l’exosquelette l’aidait en partie à supporter l’énorme effort qu'il devait fournir pour tenir tête à la machine de combat. Yzack essayait de pousser le système à ses limites, dans un certains sens ressentir cette fatigue lui permettait de se considérer encore comme un humain. Mais l’était-il encore ? Et le voulait-il encore ? Avec les nouveaux sommets qu’il avait atteints voulait-il retourner à l’état fragile d’être humain ? Assurément non. Empoignant le mannequin d’entraînement qui grinça sous la pression de sa poigne d’acier, il lui imprima un mouvement de torsion au niveau des cervicales qui cédèrent. La machine de combat n’avait pas fait long feu face au soldat d’élite. Le souffle court, ses muscles étaient brûlants et ses articulations douloureuses. Il avait du puiser dans les dernières ressources de son exosquelette grâce à qui il pouvait encore être debout.

Une souffrance qu’il accueillait avec délice. Il ne pouvait pas se sentir plus vivant. Une sensation de sérénité et de fraîcheur l’envahit soudainement. Un signe que les nanorobots qui vivaient dans son organisme venaient de libérer une drogue qui accélérait le processus de récupération de son corps. Les petites machines étaient programmées pour libérer les drogues selon la situation, elles pouvaient en sécréter d’elles-mêmes en plus de pouvoir réparer les tissus abîmés.

Un dispositif qui lui conférait une résistance à toute épreuve et la relative assurance de survivre à n’importe quels dégâts qui ne lui serait pas mortel. Assurément il était le summum du guerrier, un des Fils d’Immanisius…Non. Un Elue. Essuyant la fine couche de sueur de son front à l’aide d’une serviette, il s’assit de tout son poids sur un des bancs de repos et respira à fond. Sa large carrure englobait l’ensemble du siège qui aurait dû pouvoir accueillir trois hommes. Il contempla une nouvelle fois ce qu’il était devenu. Bien plus grand qu’auparavant, ses muscles s’étaient développés au-delà du possible et il en était de même pour ses capacités physiques dans son ensemble. Sa large main s’aventura vers l’arrière de sa nuque. Un paquet de chair molle, encore douloureuse, cachait un dispositif métallique qui devait servir à faire la liaison entre sa futur combinaison de combat et son exosquelette.

-Alors ? Toujours le cul posé quelque part Yzack ! Une larve de Liberia serait plus active que toi !

Le ton goguenard de son camarade Marvin Halvey le tira de sa méditation. Levant les yeux, son champ de vision n’englobait même pas la silhouette entière du Fils d’Immanisius. Si Yzack était doté d’une musculature impressionnante, celle du porteur d’arme lourde dépassait toute raison. Fondu en un seul bloc, sa nouvelle masse le limitait considérablement dans ses mouvements mais en échange il était capable d’arracher une écoutille de char sans avoir recours à son exosquelette. Virtuellement capable de tordre n’importe quel acier, Marvin ne semblait pas mécontent lui non plus des changements qui affectaient son corps.

-Comment ne t’ais-je pas remarqué avant Marv ? Rien qu’à l’odeur j’aurais du deviner que tu étais là.

Le dénommé Marv afficha une grimace étrange en guise de sourire. Le géant brun était une des rares personnes avec qui Yzack pouvait se permettre d’être franc et naturel. Même si il ne lui jamais venu à l’esprit de le qualifier d’ami, il le considérait comme un bon camarade. Les deux élites s’amusaient à se défier mutuellement. Des liens que Varas ne partageait pas avec Gregorian. Celui-ci avait fini par élever le mépris d’autrui au rang d’art. Comme eux tous, les profonds changements qu’avaient subis son corps avaient modifié son esprit. Celui-ci s’était enfermé dans une bulle sombre où la seule lueur qui l’éclairait était sa quête de l’art martial parfait. Le jeune homme était devenu un de ces êtres sinistres et méthodiques, comme on en voit souvent. Marvin le tira soudainement de ses pensées, son immense voix tonnant à travers la salle :

-Notre bon sergent Aximand veut nous voir, réunion d’unité ! Cte fois s’pour de bon je crois.

Yzack fit une grimace mécontente. Aximand s’était révélé de plus en plus bon et avait finis par tous les surclasser, s’octroyant le privilège de devenir le chef de l’unité numéro, une parmi les cinq unités que comprenait le commando d’attaque. Cette même unité numéro un dont Varas faisait parti. Même s’il avait la satisfaction de faire partit d’une élite parmi les élites, être sous les ordres d’Aximand lui était particulièrement pénible d’autant plus qu’il avait été forcé de reconnaître sa supériorité. Le Wolfgale faisait montre d’une exigence envers lui et les autres membres de l’unité qui pouvait passer pour de l’arrogance. Mais au-delà de ces aspects, le respect dominait. Tel un loup imposant son pouvoir à la meute, Aximand avait su gagner leur respect et donc le droit à diriger.

Quittant le banc dans un soupir fatigué, l’ancien chef de l’Unité Scylla emprunta la longue coursive qui le mènerait aux quartiers de l’unité numéro une. Marchant à côté du géant brun, il paraissait vraiment ridicule face à ça masse conséquente. Côte à côté le contraste étant encore plus saisissant. C’est purgé de toute fatigue qu’il entra dans la vaste salle qui tenait lieu de foyer. Tous les membres de l’unité se tenaient en cercle autour de leur chef, et personne ne prit la peine de se tourner vers eux ou de leur adresser un quelconque salut. Yzack détailla la scène du regard : Gregorian se tenait assis, les yeux fermés, son fusil R500 Plus à crosse et culasse modifié entre les mains. Karl, originaire d’un autre camp d’entraînement, se tenait au repos, l’air à l’écoute. Son brassard blanc à croix rouge indiquait clairement son statut de médecin de l’unité. Sa carrure qui était l’égale de celle d’Yzack et son physique relativement discret, ne laissait pas présumé qu’il assurait un rôle aussi essentiel dans l’unité. Marvin vint prendre sa place à côté du médecin, l’écrasant complètement par son énorme présence.

L’ancien souffre-douleur de l’instructeur Donovan, prit également place à côté de Gregorian. Ses yeux étaient-et il en était de même pour tous les membres de l’unité- étaient fixés sur la silhouette de fauve d’Aximand Ganford, sergent de l’unité numéro une. Vêtu de sa combinaison T.M.A qui le recouvrait entièrement, le parant d’un rouge vif éclatant qu’il affectionnait particulièrement, il aiguisait avec attention la lame courte en Unacier de son glaive. Personne n’avait jamais compris l’attrait que celui-ci avait pour les armes blanches. En tant qu’élite ils disposaient d’un arsenal technologique plus que conséquent, mais le Wolfgale se bornait le plus souvent à utiliser toutes sortes d’instruments tranchants. Un choix qui n’en diminuait aucunement ses capacités. Les cheveux en bataille, noués en une natte sale comme à leur habitude, son regard de félin se promenait sur les visages environnant. Yzack retint un frisson lorsque ses yeux le dardèrent. Un sourire féroce égailla son visage et il rangea, dans un raclement d’acier, son arme :

-Messieurs…Dorénavant nous ne sommes plus l’unité spéciale 0-1. Nous sommes l’unité Arès. Le nom nous vient de notre bon commandant Orlof, je pense que nous sommes donc tous d’accord pour approuver son choix.

L’ironie perçait dans sa voix mais ce baptême soudain ne pouvait signifier qu’une chose et l’excitation planait déjà dans l’air.

-Six mois, c’est le temps que nous avons mis à devenir les meilleurs. C’est aussi le temps que l’ennemi à mit à profit pour percer nos défenses. Notre mission est simple: faire en sorte que ces fils de chiennes pleurent des larmes de sang. Sabotages, intimidations, destructions d’objectifs majeurs chez l’ennemi. Vous avez été formé toute votre vie pour ce genre de boulot, le temps est venu de passer à la pratique.
Se coupant dans son élan, il porta la main à sa montre et poursuivit :
-Synchronisez vos montres ! Le départ est prévue à 5 :00 heure d’Immanis. Nous serons directement largué sur la ligne de front par transport héliporté, ce sera à nous de nous débrouiller pour gagner les niveaux inférieurs.

L’excitation que ressentait Yzack était sans commune mesure avec tout ce qu’il avait pu ressentir auparavant, une excitation qui se communiquait au reste du groupe. Même le stoïque Gregorian semblait impatient de s’investir sur le champ de bataille. Il y avait de grandes chances pour qu’ils ne puissent pas dormir de la nuit. Aucuns risques de rater le départ. Varas se posaient encore quelques questions : être largué en pleine zone de front n’était pas rien. Dans toutes les simulations qu’ils avaient effectuées c’était un des scénarios où ils avaient le plus de chance de mourir avant de toucher le sol, et cela valait pour tout le monde. Surhomme ou pas. Cependant il se força à faire taire des inquiétudes aussi ridicules, il était hors de question de passer pour un faible devant tout le monde. Aximand avait visiblement terminé et il termina la réunion :

-Messieurs…A la bataille !

Une acclamation guerrière couvrit les dernières intonations de sa voix.


Dernière édition par Andreï Yegimovitch le Sam 11 Avr - 21:16, édité 2 fois
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MessageSujet: Re: Aube Noire sur Immanis   Ven 10 Avr - 18:32


Chapitre V: Suite:


Les lueurs brillantes qui parsemaient le tapis urbain qu’était Immanis était autant d’étoiles qui illuminaient une nuit sans lune. Une masse informe et grouillante d’individus aux tenues grisâtres ou ternes, marchaient dans les immenses rues de la cité. Ils ne savaient sans doute pas ce que le lendemain leur réservait, uniquement concentré sur l’objectif présent. Le futur avait été une des premières choses que le régime en place avait décidé d’enlever à la population. Sans sentiments, sans envies, sans ambitions. Des ouvriers parfaits. Une vie idéale. Non. Cela faisait longtemps que Jarel avait cessé d’y croire. Il remua d’un geste las son verre d’alcool, faisant tinter les glaçons, continuant à fixer l’horizon d’un œil morne à travers l’immense baie vitrée de l’étage. Après plusieurs années passées à combattre dans l’enfer de la Frontière, revêtir de nouveau des habits civils avait de quoi le rendre mal à l’aise. Il y avait une grande différence entre ce qu’il accomplissait à présent et ce qu’il faisait sur le champ de bataille. Les objectifs étaient différents et les cibles aussi.

Alors qu’il tirait sur des militaires armés, il devait à présent s’en prendre à des masses civiles inoffensives et innocentes. Le Boss avait beau leur répété des centaines de fois le sens de leurs actions et leur valeur, il n’arrivait pas à se séparer de ce sentiment pesant de culpabilité. Cela faisant plus de six mois qu’ils avaient infiltrés la grande cité, et un profond sentiment de lassitude avait succédé à son malaise initial. Le grand jeu n’avait pas encore commencé. Tout n’avait été que de grandes planifications, préparations de terrains, organisations avec les mafias du coin, corruptions…Autant de choses qui nécessitait un matériel et des moyens financiers proprement monstrueux. Jarel n’avait jamais entendu dire qu’Âme Libre possédait une telle influence et de tels moyens. Peu à peu leur groupe étendait ses ramifications à travers toute la ville. Des cellules d’actions identique à la leur avaient déjà pris place un peu partout.

Fausses identités, planques discrètes, restructurations physique pour certains. Le Boss n’avait rien laissé au hasard. Un déchaînement de violence rare allait s’abattre sur les habitants d’Immanis et ils n’en savaient rien. Pire : ils ne pouvaient y échapper. Le liquide alcoolisé lui brûla l’œsophage alors qu’il avalait une gorgé de sa boisson. Un goût de malt se mélangeant avec celui amer du remord lui envahit le palais. Son verre fut bientôt rapidement vide. Posant son verre, sa main droite s’égara vers la cicatrice qui parcourait l’ensemble de son épaule gauche.

-Perdu dans ses pensées soldat ?

La voix anormalement grave de son supérieur fit sursauter Jarel. Le Boss venait une nouvelle fois de faire preuve de son talent pour déstabiliser et surprendre ses interlocuteurs. Engoncé dans son treillis militaire, un long couteau de combat était suspendu à un holster. Jugé trop voyant au vu de son physique, le Boss avait été forcé de rester coincé ici à superviser l’ensemble des opérations, et Jarel pouvait voir que ce rôle commençait à lui peser. Il le connaissait depuis trop longtemps pour savoir que celui-ci était un homme d’action, malheureusement même la reconstruction moléculaire faciale, ne pouvait en rien dissimuler les stigmates de son visage. Jarel se força à répondre à son supérieur.

-Oh rien d’important chef, je suis juste…impatient de participer à la suite…

Hors de questions de partager ses pensées et inquiétudes avec le Boss, il n’avait aucunement l’intention de passer pour un faible ou un traître en exposant sa volonté fragile et ses doutes. Il savait que l’officier d’Âme Libre n’hésiterait pas à le retirer de la partie s’il montrait signe de la moindre faiblesse. Seulement le Boss semblait lire en lui comme dans un livre ouvert.

-On hésite ? Ce n’est certainement pas le moment de flancher. Tu savais à quoi tu t’attendais lorsque tu t’es engagé, la vie est moins jolie sans H.I.S mais ton combat est juste.

Les paroles prononcées n’étaient pas exactement à quoi il s’attendait mais elles lui firent l’effet d’une douche froide. Le Boss était devenu plus dur et ferme mais il le comprenait, il avait honte de son propre comportement et se contenta d’acquiescer vigoureusement. Son supérieur prit congé sans adresser le moindre mot. Il avait encore du travail à faire : des plans à établir et des gens à contacter.

-Chef ! Lumière vous fait savoir que c’est imminent.
Tête Cramé eut un sourire inquiétant et répondit sans marquer un seul temps d’arrêt.
-Appelle Keller et dit-lui de se préparer, ça va chauffer bientôt pour eux.

L’engrenage était en marche, l’ennemi c’était décidé à agir. Un ennemi qui ne savait encore rien d’eux. Il était désolé pour le jeune Keller, celui-ci plein d’espoir allait surement connaître une mort violente. Mais la guerre requiert des sacrifices et leur guerre était celle des justes.
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MessageSujet: Re: Aube Noire sur Immanis   Mer 15 Avr - 15:05

Chapitre VI : Au creuset de la bataille :




Même s’ils incarnaient l’élite refoulée des sentiments aussi primaires que la peur ou l’anxiété était proprement impossible. Le soldat pouvait combattre beaucoup de chose, mais lorsqu’il s’agissait de lutter contre soi-même le combat était inégale. Ainsi c’était une tension palpable qui régnait dans l’obscur habitacle du Vespeed. L’immense véhicule volant émettait un bruit proprement assourdissant : ses quatre réacteurs hurlants à tout rompre faisaient trembler les parois. On avait du mal à croire que c’était ce genre d’appareil que l’état major leur avait désigné pour les envoyer sur le terrain, dans le genre discret on pouvait faire mieux. Yzack se força à prendre une nouvelle inspiration, il se réjouit que son visage fut masqué par son casque, il ne tenait pas à exposer aux yeux de tous l’angoisse qui devait se peindre sur ses traits. La bouffée d’air, agréablement fraîche, avait des relents acides que son recycleur d’oxygène n’arrivait pas à masquer.

Aussi performant que pouvait être le casque de sa combinaison T.M.A il restait encore quelques défauts, cependant il n’avait rien à lui reproché. L’ensemble de la combinaison, d’un noir profond, le recouvrait entièrement et s’adaptait au moindre de ses mouvements. Complémentaire avec son exosquelette, elle accroissait son efficacité et était directement lié à son système nerveux. Il pouvait ainsi faire affluer dans son sang différentes drogues de combat, ou encore interchanger plusieurs systèmes d’armements. Fleuron de la neo-technologie Nano, elle était ce qu’Immanis pouvait offrir de mieux à ses soldats. Tous les autres membres des autres unités commandos en étaient équipés, des variantes existaient mais globalement le système était le même. Sa vision amélioré lui offrit une vue, plus précise que ses yeux n’auraient pu le faire, de ce qui l’entourait.

Les membres de l’escouade Arès étaient assis sur les banquettes de l’appareil, tous semblaient plongés dans leurs pensées. Leur chef d’unité était le seul débout. Dédaignant le port de son casque, Aximand avait abandonné sa parure rouge vif et marchait de long en large dans la coursive de l’avion, tel un fauve en cage. Visiblement il était bien le dernier qui montrait des signes d’anxiété. La main plaquée contre l’oreille droite, il semblait prêter une attention particulière aux transmissions de son communicateur. Marvin, qui avait dorénavant l’aspect d’un tank humain, semblait plutôt confiant et s’affairait à vérifier les systèmes d’armements de son arsenal lourd. Gregorian, la tête appuyée contre son fusil XM2014 était visiblement en méditation. Le connaissant celui-ci devait se repasser l’ensemble des shémas d’attaques qu’il avait assimilé. Karl, lui, fixait le voyant rouge au-dessus de l’écoutille de sortie, son paquetage solidement sanglé. Yzack inspira à fond et revérifia pour une énième fois l’ensemble de son équipement.

Nécessaire de survie, bandes de munitions, équipement auxiliaires. Il fit basculer l’interrupteur de sa liaison radio pour s’assurer de son bon fonctionnement. Tous les voyants de sa combinaison étaient au vert, ses fonctions vitales étaient stables. La bouche pâteuse, il se força de nouveau à se calmer. La peur était le pire ennemi du soldat, et dans sa situation il n’avait aucune raison de ressentir de la crainte. Soudain la carlingue de l’appareil fut saisi de violents tremblements et tangua de gauche à droite, l’équipe de commando se rattrapa avec force à leurs sangles de sécurités. Qu’est-ce-qui pouvait autant remuer un appareil de l’envergure d’un Vespeed ? Il chassa cette pensée de son esprit et tourna son attention vers Aximand qui avait enfilé son casque. Une transmission radio lui parvint bientôt. La voix, aux intonations légèrement métalliques, de leur chef d’unité retentit bientôt près de ses oreilles.

-Préparez-vous au largage ! La zone est actuellement sous le feu de l’armée Unificateur. Nos forces actuelles comprennent : trois Medusa de débarquements appuyés par deux tanks Crushing.

Cela signifiait que les membres du commando allaient devoir se frayer un passage au milieu du chaos de la bataille, pour gagner les positions que l’on leur avait attribué. Au nombre de sept, l’infiltration des unités commando des Fils d’Immanisius au milieu d’un tel maelstrom serait plus difficile à repérer mais n’excluait pas un certain risque. Leur propre force d’assaut ignorait en effet qu’ils étaient là. Les Medusa étaient d’épais blindés de débarquements qui pouvaient contenir jusqu’à trente soldats chacun. Sans compter l’appui lourd des tanks, il ne donnait pas cher de la peau des résistants.

-L’ennemi possède actuellement deux batteries de canon de modèle « Flak ». Rappelez-vous que notre objectif n’est pas d’engager le combat ! Ne le fait que dans une absolue nécessité ! Je compte sur vous pour faire ce pourquoi on vous a entraîné ! On se retrouve au point de rendez-vous dans deux heures !

Comme si l’intelligence artificielle de l’appareil avait elle-aussi compris qu’Aximand venait de finir son discours, le voyant situé au-dessus de l’écoutille de sortie vira au vert. La porte coulissa révélant un ciel ombrageux et striés de flammes. La flak avait ouvert le feu, et l’on pouvait voir les traînées d’obus se détacher aisément sur le fond sombre du ciel. La vision améliorée d’Yzack pouvait distinguer les reliefs des autres appareils Vespeed. Sa combinaison de combat l’isolait efficacement des échos de la bataille. Les bruits sourds des tirs de canons, se mêlaient aux chuintements aigus des mitrailleuses et aux explosions assourdissantes. La confusion la plus totale régnait en bas, et personne ne semblait vraiment à l’aise à l’idée de plonger vers l’inconnue.

-On y va !

Le hurlement d’Aximand le rappela brusquement à la réalité. Soulevant sa masse, considérablement alourdis par le système antigrav qui lui permettrait de ralentir sa chute, Yzack s’avança vers l’écoutille de sortie et sans un instant d’hésitation sauta dans le vide. Ce n’était pas son premier saut, mais jamais alors il n’avait eu à traiter avec autant d’informations à la fois. Il savait que son altimètre allait lui indiquer quand enclencher l’appareil et comment il allait devoir se débrouiller une fois au sol. Mais les tirs ennemis qui fusaient par centaines vers lui ainsi que les fleurs de flammes ardentes qui naissaient en contrebas, étaient des variables tout à fait nouvelles. Il se reprit brusquement et enclencha les deux réacteurs à poussés inverses, qui rugirent avec force. Son harnais gémit sous la poussé qu’il subissait. Les fusées directionnelles le tiraient vers le haut, tentant de ralentir sa chute. Son corps tout entier tremblant et il n’avait aucune idée d’où il se trouvait, et encore où étaient ses camarades. Il tenta de se démener avec son équipement, afin de ne pas louper la zone de largage que lui indiquait son casque par un pointage laser.

Soudain il fut violement déstabilisé. Dans un souffle ardent particulièrement impressionnant, le Vespeed de transport fut réduit à l’état d’une carcasse d’acier chauffée à blanc. Des morceaux se détachait de l’appareil et fonçait tels des shrapnels vers lui. Il se démena pour éviter cette pluie mortelle, lorsque soudain un bruit de perforation lui parvint distinctement. Sa fusée gauche crachota quelques instants avant de s’éteindre tout à fait. La panique menaçait de s’emparer de lui, alors qu’il ne cessait de descendre vers le sol qui se rapprochait dangereusement. Démarre ! Démarre ! A ce train là il allait s’écraser lamentablement. Dans une ultime prière, le moteur gauche reprit vie juste à temps pour lui éviter de se rompre le cou. Une douleur aigüe, vite étouffée par les anti-douleurs qui distillaient ses nanorobots, le transperça lorsqu’il toucha terre. Il roula sur une bonne dizaine de mètres, les contreforts en métal du système antigrav lui rentrant douloureusement dans les côtes. Au bout d’une lutte acharnée il se stabilisa et se débarrassa de son poids supplémentaire.

Le souffla court, des vrilles de douleur le traversait dans tout le corps. Il n’avait pas le temps de s’appesantir sur lui-même. D’une pensée, les deux Remedy améliorés se déplièrent pour venir se fixer sous ses deux avant-bras. Les bandes de munitions n’avaient pas l’air d’avoir soufferts, et son équipement était là. Il bascula les deux pistolets-mitrailleurs en mode semi-automatique silencieux. Ses senseurs actifs lui indiquèrent que l’endroit était vierge de tout signe de vie, dans un rayon de 3 kilomètres. Où était-il tombé ? Et où était donc le reste de l’unité ? L’explosion du Vespeed avait du les séparer. Hors de question d’établir un contact radio, il y avait des chances pour que quelqu’un puisse intercepter la communication. Un rapide coup d’œil circulaire lui indiqua qu’il venait d’échouer près d’un immeuble en ruine, non loin d’une allée principale. Un plan de la cité se superposa à sa vision.

Grille virtuelle en 3D, elle montrait les vecteurs d’assauts des forces Unificateurs et les positions des rebelles que ses senseurs avaient relevés. Il était à plusieurs kilomètres du point de rendez-vous. Une longue marche l’attendait. Il se releva mais prit soin de rester à demi-courbé. Sa combinaison T.M.A s’était modifiée d’elle-même pour se confondre avec son environnement ; son exosquelette quant à lui, lui fournissait un supplément de force par l’intermédiaire de son tissu de muscles artificiels. Il grimpa par-dessus un rempart de béton et s’engagea dans l’artère principale. Quel merdier. Aussi entraîné que l’on pouvait être, rien ne préparait à la réalité du combat. Néanmoins Yzack était heureux, la sensation du danger avait quelque chose de grisant. Progressant à une allure vive et soutenue, il se sentait dans son élément. Il contourna habilement les bataillons d’Unificateurs aisément identifiables, ainsi que les tanks Crushing qui faisaient entendre leurs voix par l’intermédiaire de leurs canons lourds qui crachaient leurs obus explosifs. Les projectiles remodelaient dans un tonnerre d’explosions la configuration du terrain.


Il pouvait percevoir les échos des combats au loin et regrettait de ne pas pouvoir participer à la fête. Comme si le destin avait compris sa déception, ses senseurs actifs lui rapportèrent l’activité de plusieurs signes de vie qui se déplaçait vers sa direction.Huit hommes et une arme lourde, l’avaient-ils repéré ? Impossible. Il devait juste s’agir d’un groupe mobile de la guérilla. Un groupe qui était sur sa route et qu’il avait donc l’autorisation d’éliminer. Un sourire de satisfaction sadique se dessina sur son visage. Escaladant avec soin les gravats, il trouva une zone d’observation. Il n’était plus qu’à cinq kilomètres de son objectif. La vision de son casque zooma sur ses cibles. Vêtu d’un agglomérat de treillis et de plaques de protections sommaires, ils se mouvaient avec un soin qu’Yzack trouvait ridicule. Le tube lance-missile qu’il s’efforçait d’installer était cependant moins ridicule. Comment pouvait-il avoir un tel matériel ? Qu’importe. Il n’allait pas perdre plus de temps à le savoir. Ses armes étaient davantage fait pour le combat rapproché qu’à distance, cependant l’approcha à distance semblait la meilleure. Tirer et bouger. Il acquiesça mentalement et se mit en situation. Sortant de son couvert, il ne prit qu’une demi-seconde pour s’assurer sa visée et éliminer sa première cible.

Le silencieux élimina la majeure partie du bruit et de la lumière. La tête de l’homme éclata comme un fruit trop mur, alors qu’il s’écroulait mollement. Son corps n’avait pas touché terre que deux autres soldats étaient victime de ses tirs. Une bruine rosâtre jaillit de l’arrière de leur crâne, lorsque les balles subsoniques traversèrent leur os frontal. Les cinq hommes, sur le qui-vive coururent se mettre à l’abri face à cette menace invisible. Yzack jugea inutile de se cacher plus longtemps. D’une rafale bien placée il élimina les survivants sans émotions. La grêle de balles eu raison des commandos d’Âmes Libres qui n’avaient même pas pu riposter. Les canons fumants des deux Remedy sifflèrent, alors que deux chargeurs étaient expulsés de la bande de munition, quasiment au même moment. Une attaque bien menée. Alors même qu’il s’apprêtait à reprendre sa route, un tir siffla près de son oreille. Son instinct combiné à ses réflexes améliorés lui intima l’ordre de se plaquer au sol. Cinq nouveaux ennemis venaient d’apparaître subitement. Quel idiot il faisait ! Il n’avait même pas pris la peine de s’assurer de la présence d’éventuels renforts !

Trop tard pour s’épancher sur son erreur. Il fit une roulade sur lui-même et trouva refuge derrière un pilonne en béton. Des tirs nourris fusèrent sur son ancienne position. Les balles soulevèrent des petits nuages de poussière, traçant un profond sillon dans le sable. Des armes automatiques. Pensa le Fils d’Immanisius alors qu’il évaluait la possibilité de se servir d’une grenade à fragmentation. Non. L’explosion allait attirer encore plus de monde et c’est ce qu’il cherchait à éviter. Les affronter de face ? Il pouvait s’en débarrasser mais pas sans un certain risque. Le sentiment désagréable qu’il était coincé s’imposa à son esprit.
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Andreï Yegimovitch
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MessageSujet: Re: Aube Noire sur Immanis   Mer 15 Avr - 15:09

Chapitre VI: Suite:



Un monstre. De quoi pouvait-il s’agir d’autre ? Qui pouvait se débarrasser aussi aisément de huit hommes en arme d’un commando d’Âme Libre ? Même avec l’effet de surprise, un Unificateur n’y serait pas arrivé. Or leur cible était seul et visiblement ce n’était pas un Unificateur. Un commando ou un éclaireur peut être. Mais il était bien loin de sa force d’assaut principale. Ce devait donc être un monstre. Mais visiblement même ce monstre craignait les balles. Engageant un nouveau chargeur dans son WR-74, Keller arrosa de nouveau la zone d’une pluie de tir. Les douilles fumantes tombaient contre le sol, dans une succession de cliquètements métalliques. Il cessa le feu et fronça les sourcils, sa main ganté de mitaine accentua sa pression contre la gâchette. L’avaient-ils eu ? Mieux valait en être sur. D’un geste sec de la main il ordonna à deux de ses camarades de contourner les ruines, pour le prendre sur les flancs.

Il allait prendre par le centre, accompagné de deux autres de ses hommes. Récupérer le lance-missile était leur principal objectif et pour cela ils devaient éliminer le gêneur. Ses yeux vifs repérèrent un relief derrière un pilonne en béton. Ce n’était pas suffisant pour le convaincre de la présence de sa cible, mais assez pour lui donner des soupçons. Il ordonna à ses hommes de se stopper et de se mettre en position de tir. Sortant une grenade T-4 de sa ceinture, il soupesa la petite boule ronde en acier. Voilà qui allait forcer notre ami à sortir de sa planque. Il se tourna vers son camarade le plus proche et lui envoya la grenade.

-Je vais m’avancer et l’arroser. Attend cinq seconde avant d’envoyer la grenade après l’avoir dégoupillé. Compris Al’ ? Al’ ?

Le dénommé Al’ ne bougeait plus, bientôt une rigole de sang apparu à la commissure de ses lèvres et il s’écroula lourdement au sol. Une lame noire aux courbures étranges sortait de son abdomen. Dans un gargouillis immonde, un autre de ses camarades mordit la poussière, la gorge ouverte en deux. Une coulée de sang poisseux gorgea le sol. Keller perdit toute trace de prudence et se leva brutalement. Basculant son arme en automatique il ouvrit le feu tout autour de lui en hurlant. Qu’est-ce-que c’est mais qu’est-ce-que c’est ? Une ombre courait à une vitesse ahurissante entre les débris, évitant ses tirs et ceux de ses camarades. Une lame vola dans la nuit et il se baissa juste à temps pour laisser passer un cercle acéré, qui vint découper la tête d’un de ses hommes. Les yeux exorbités il vit un flot de sang jaillir telle une fontaine du cou du malheureux. Celui-ci fit encore quelques pas sans sa tête avant de s’arrêter tout à fait. Une peur panique irraisonnée s’empara de lui, alors qu’il rampait face contre terre dans l’espoir d’échapper à ce cauchemard. Une brusque pression contre sa jambe droite le fit se retourner en hurlant. Le fusil en avant, ses doigts tremblant cherchèrent la gâchette, trop lent pour le géant sombre qui tordit le canon de son arme comme s’il s’agissait de vulgaire papier. La dernière vision qu’eut Keller avant de mourir fut les optiques brillants d’une lueur infernale de son assassin. Il ressentit une vague fraîcheur au niveau de la poitrine, et hoqueta doucement alors qu’il se vidait progressivement de son sang. Le néant ne tarda pas à s’abattre sur lui.

--------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------

Tout c’était terminé à une vitesse extraordinaire. Yzack avait perçu vaguement le signal de présence d’Aximand, et puis un à un les signaux de ses adversaires s’étaient éteint. Le chef de l’unité Arès était tout simplement venu à bout des cinq hommes avec une célérité et une habilité qui forçait le respect. Sortant de son couvert, le membre du commando Arès fixait le sergent qui finissait de nettoyer sa lame en Unacier. Visiblement toute menace était écartée, s’il en avait eu une pour Aximand Ganford. Rangeant son glaive dans son étui dorsal, il s’empara d’une arme de poing et logea plusieurs balles dans les corps morts qui étaient étendus sur le sol. Une mesure de précaution pour détruire toute trace de leur passage. Bientôt les corps allaient se consumer d’eux-mêmes et il n’en resterait qu’une fine poussière qui se mêlerait au sable. Yzack pris soin de ne pas s’adresser à son chef, les reproches allaient inévitablement tomber, inutile de les précipiter.

Il s’approcha du corps qu’Aximand avait décapité et le retourna. Il se demandait encore comment une vermine de Libéria avait pu l’acculer, et comment cela se faisait-il que leur matériel était si performant. Grenades, fusil récents, arme de poing, treillis, casques…Autant d’équipement de bonne facture qui n’avait rien à envier à celui des Unificateurs. Alors qu’il faisait les poches du cadavre son regard fut attiré par un stigmate sur son épaule gauche. La surprise le frappa en pleine poitrine. Le symbole avait beau avoir été brûlé à l’acide, il restait un semblant de relief représentant un éclair entouré d’une aile d’aigle stylisé. Une marque que le commando reconnaîtrait entre mille. Une marque qui n’avait rien à faire sur ce corps.

-Sergent vous devriez jeter un coup d’œil.

Dit-il à voix haute. Aximand quitta son œuvre et se dirigea d’un pas décidé vers son homme avant de lui décoller un violent coup de poing. Yzack n’avait pas eu le temps de voir l’attaque et encaissa donc du mieux qu’il pu. L’attaque était justifiée.

-Vous avez désobéis à des ordres soldats ! Vous avez délibérément engagé le combat et pire vous m’avez forcé à intervenir ! C’est inadmissible et comptez sur moi pour…
Le gradé avait beau baisser la voix pour que personne ne perçoive sa voix, la fureur teintait le ton de sa voix. Le soldat d’Immanis coupa la parole à son supérieur.
-Sergent je suis conscient de mon erreur, et je vous assure que cela ne se reproduira plus mais jetez un coup d’œil là-dessus !

Cessant un instant de réprimander le soldat, le Wolfgale tourna la tête vers le corps sans vie et repéra la marque. Il resta un instant muet et se retourna vers Yzack.

-Vous êtes conscient de la portée de ce que nous venons de voir soldat ? Je suppose que oui, alors pas un mot aux autres. Nous établirons un rapport au QG dès que possible pour tirer les choses au clair.
Le Fils d’Immanis se résolut soudain à dire ce qu’Aximand ne voulait pas.
-Vous pensez que c’est possible sergent ? Que des Unificateurs passent du côté ennemi ?
-Je ne suis sur de rien soldat, nous sommes en guerre. Gregorian et Karl sont arrivés au point de rendez-vous. Marvin était entrain de me couvrir, nous allons le rejoindre et commencer la mission.

Yzack répondit par l’affirmatif et se releva. Le corps commençait déjà à se dissoudre de lui-même. Une guerre des plus étranges commençait, et le membre de l’unité Arès avait l’étrange impression de la livrer contre des gens de son propre camp.
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Andreï Yegimovitch
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MessageSujet: Re: Aube Noire sur Immanis   Sam 9 Mai - 20:45

Chapitre VII: Trahisons:



L’éclairage tamisé des lueurs blafardes que diffusaient les multiples luminoglobes, accrochés au plafond de l’immense bureau du Légat Corvius Primo, reflétait parfaitement l’humeur du politicien. L’air soucieux, penché avec attention sur une plaque de données ; son front laissait apparaître plusieurs rides de contrariété. La large table en marbre qui faisait office de bureau, semblait pouvoir l’absorber à tout moment. Cela faisait déjà deux mois que la dernière séance du Conseil s’était tenu, et l’adoption de cette motion ne cessait de le tourmenter. Malgré tous ses efforts, il n’avait pas réussie à démasquer ce que cachait cette banale opération de défense. Il avait tout d’abord revérifié lui-même les informations qu’avait découvert son assistant, mais Oscar comme à son habitude ne semblait n’avoir rien omis. Ses propres réseaux d’informations et d’espionnages n’en savaient pas plus. Aucuns rapports ne filtraient sur les opérations qui se passaient là-bas : rien sur les membres de ses commandos, sur leurs équipements ou encore objectifs. En retour, le Légat avait appris que la situation avait radicalement changé sur la bordure extérieure de la Frontière.

Cela n’était pas forcément positif et pouvait indiquer deux choses : les terroristes avaient réussis à franchir le barrage et étaient d’ors et déjà implantés dans Immanis. Ou alors les forces commandos envoyés avaient fait leur boulot et forcés les terroristes à se replier. L’inconnu prédominait et Corvius Primo n’aimait vraiment pas ça. Plus que tout, il n’aimait pas l’importance que semblait accorder les Shopos à l’événement. Il était connu que leurs motivations étaient pour le moins étranges, et que même au sein du Conseil ils formaient une classe à part. Mais lorsqu’il s’agissait du théâtre politique, le Légat n’acceptait en aucun cas de perdre le contrôle. Leur zèle cachait quelque chose. Ils ne s’engageaient jamais de cette manière sauf lorsque cela concernait directement leurs intérêts. Quels intérêts pouvaient-ils avoir à défendre en appuyant une opération militaire de la sorte ? Son instinct semblait l’avoir mené sur la bonne piste. Si l’Ordre Militaire était impénétrable, peut être que du côté du Bureau Technologique des Sophos il en saurait davantage.

Il contacta en urgence son assistant. Il y allait avoir beaucoup de travail à faire. Les Sophos n’étaient pas du genre indiscret et s’il y avait quelque chose à découvrir, les moyens à déployer allaient être énormes. Dans un chuintement de piston, l’immense porte d’acier s’ouvrit pour dévoiler la silhouette filiforme de l’assistant du Légat. Le jeune homme, une plaque de donnée sous le bras s’engagea avec assurance dans le long couloir jusqu’au bureau de son supérieur. L’air sérieux, celui-ci n’avait pas du plus dormir que le vieux politicien mais son métabolisme paraissait tenir le coup. Traînant les pieds, son apparence ne paraissait pas négligée pour autant.

-Nous n’avons rien appris de nouveau monsieur…Et sauf votre respect je crains que nos recherches n’aboutissent à rien de mieux.
Le vieil homme l’interrompit l’air contrarié.
-Je sais mieux que vous ce que j’ai perdu dans ses recherches inutiles ! Mais j’ai trouvé une nouvelle piste où chercher. Contactez notre réseau de renseignement et dites leur d’enquêter sur l’Ordre Sophos. Ils ont carte blanche : je veux une analyse complète. Quelque chose me dit qu’ils ne sont pas étrangers à toute cette affaire.
Le jeune assistant pris une mine gêné.
-Sauf votre respect…Nous avons déjà reçu plusieurs avertissements de Grandes Familles de la Noblesse, qui se plaigne de la part de plus en plus importante de ressource que nous consacrons à ces recherches. Il ne parait pas judicieux de nous compromettre davantage et de…
-Vous parlez de respect, alors commencé par m’en témoigner !

Sans s’en rendre compte, le Légat venait d’hurler. Le teint rouge, les yeux exorbités. L’état de tension et de stress extrême dans lequel il était plongé depuis quelques jours déjà, commençait à transparaître sur son comportement. Une fatigue qui menaçait d’arriver à bout de son sang froid légendaire. Cette absence d’indices ne le motivait que davantage pour continuer son enquête. Si quelqu’un s’était donné autant de mal à tout camoufler, c’était que l’affaire devait être énorme. Il ouvrit rageusement un tiroir et en sortit une liasse de papiers qu’il étala sur son bureau.

-Voici tout ce que nous avons pu réunir sur cette opération ! Ces attaques sur notre territoire se sont brusquement accélérées alors qu’aucuns signes ne prévoyaient cela ! Au lieu de répondre à cette agression par une contre-offensive habituelle, le régime envoie une cohorte de commandos surentraînés ! Immanisius si prudent et si méticuleux s’aventure à exposer son projet au grand jour et à s’attaquer directement à Libéria ? Ca ne colle pas ! Pire ! Les Sophos adhèrent au projet sans poser de questions et font preuves récemment de mouvements internes qui sont plus qu’étranges !

Oscar plissa les yeux et déclara à voix basse.
-Voilà qui est étrange….et gênant.
-Je ne vous le fais pas dire ! C’est pourquoi je veux que vous…
-Oui, votre perspicacité est vraiment gênante Mr Corvius Primo.

Le vieux politicien leva les yeux vers son assistant et le fixa l’air crédule. Le visage juvénile d’Oscar fondait progressivement ainsi que le reste de sa silhouette, qui se remodelait étrangement. Son corps s’affina davantage, sa peau se colora en un noir profond et une figure féminine captivante apparue à la place du visage sérieux de l’assistant du Légat. Les yeux d’un ambre perçant, elle afficha un sourire narquois qui dévoila une série de dents d’un blanc éclatant et une paire de canines effilés. Sans laisser le temps au vieil homme de se remettre de sa surprise, elle leva le bras à une vitesse proprement inhumaine et une fine fléchette vint se planter dans la tempe du politicien. Celui-ci s’écroula dans son fauteuil, les membres tétanisés. Haletant, il arriva à peine à formuler sa phrase.

-Qui…êtes…vous…
-Allons allons Mr Primo. Ce n’est pas bon de s’agiter autant à votre âge, vous vous tuez…A la tâche visiblement. Un tel acharnement peut être fatal pour votre pauvre cœur voyez-vous…

Avec des gestes délibérément lents, elle retira doucement l’aiguille et la rangea dans un emplacement logé sous son poignet. Aucunes gouttes de sang n’était apparu et aucunes traces de piqures non plus. Elle rassembla les dossiers présents sur la table et les rangea dans un porte-document, sans prêter attention à sa victime qui tremblait fortement.

-Vous voyez Mr Primo…L’instinct peut être dangereux quant on cherche dans de mauvais endroits. Vous vous croyiez intouchable ? Pour mes employeurs personne n’est intouchable. Dans quelques minutes vous aurez une crise cardiaque que l’on attribuera à du surmenage, et personne ne saura rien de vos découvertes ou recherches…Adieu Légat.

S’éloignant du corps mourant de Corvius Primo, l’assassin reprit peu à peu les traits de l’assistant Oscar et emprunta l’ascenseur de sortie. Aucuns risques que les caméras de sécurités aient relevés la moindre chose, l’assassin avaient pris toutes les dispositions. Les yeux injectés de sang, la dernière vision du noble agonisant fut les traits rieurs de son assistant.

--------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------

Le vent frais fouettait le visage tout juste remodelé de Streea. Elle avait pu passer sans mal les systèmes de sécurités des bureaux du Légat pour quitter l’immeuble. Sa couverture était sans faille. Dans quelques heures on s’apercevrait du décès du politicien, et on aboutirait très vite à la conclusion que celui-ci était mort d’une crise cardiaque. Elle avait prise toutes les précautions quant aux données de ses recherches, qui avaient été soigneusement effacées. Personne ne soucierait de cela, ni de la disparition du jeune Oscar. Une nouvelle mission terminée qui lui vaudrait une nouvelle fois les lauriers de sa hiérarchie. Séduire le jeune Oscar, gagner sa confiance et enfin usurper sa place auprès du Légat n’avaient pas été une mince affaire. Son étude approfondie du comportement du jeune assistant lui avait été très utile, elle avait pu ainsi passer inaperçue en deux mois. Ses larges mains affirmèrent leur prise sur le large volant en cuir de sa voiture.

Empruntant une sortie de voie, elle stoppa son véhicule qu’elle gara sur le bas côté. Sans reprendre son apparence habituelle, elle sortie de la voiture avec le porte-document. Tout ce qui pouvait mener jusqu’à elle avait d’ors et déjà été effacé. Elle devait à présent procéder à son extraction, ses camarades ne devaient pas être très loin. Un discret appel de phares le lui prouva. Un fourgon banalisé bleu sombre attendait non loin, ainsi qu’une escorte discrète de trois hommes. Elle embarqua à l’intérieur du véhicule qui se mit en branle. Complètement insonorisé et séparé du poste de pilotage par une grille coulissante, les seuls lueurs visible à l’intérieur de l’obscurité profonde du camion étaient celles des appareils électroniques. Streea essaya de se détendre lorsque soudain la voix autoritaire du Superviseur Général Annabella se fit entendre :

-Au rapport agent 921XY.
En sept ans de service avec elle, jamais une fois le Superviseur Général n’avait daigné l’appeler Streea. La jeune femme savait que le rôle d’un Superviseur était d’éviter de nouer le moindre lien avec son agent, mais faire preuve d’un peu d’amabilité ne ferait pas de mal à cette vieille teigne rajeunit ! Bien qu’âgé de quatre-vingt années terriennes, le Superviseur Général avait le visage juvénile d’une femme de vingt-quatre ans. Elle avait été une des premières à subir les miracles de la chirurgie moléculaire reconstructrice. On pouvait à tort la prendre pour une jeunette inexpérimenté, une couverture qui lui permettait de cacher aisément son jeu.

-Mission accomplie Superviseur. J’ai agit au bon moment, il en savait déjà beaucoup trop. Tout a été effacé et les procédures de retrait suivies à la lettre. Tout ce qui reste des éléments de son enquête est dans ce porte-document.

Remettant la mallette à son supérieur, Streea savait que les informations qu’elle contenait ne feraient jamais surface. En vingt-sept ans d’existence le Département de l’Intelligence Sophos n’avait jamais faillit. Même si actuellement ils étaient confrontés à une crise sans précédent. Le Superviseur Général brisa le silence et s’adressa à son agent.

-Nous sommes très satisfait agent 921XY, après avoir transmis votre rapport au Bureau et passé un check médical vous vous dirigerez vers votre prochaine mission.

Enchaîner ainsi les missions n’était pas dans le genre de Streea mais elle n’émit aucunes protestations.

-L’opération de « nettoyage » semble prendre un peu trop de temps pour la hiérarchie. Vous allez donc être envoyé directement vers « l’objectif », ainsi que deux autres agents. Tout le matériel et informations vous seront transmis lors d’un briefing très prochainement.
-Mais…Je croyais que nos agents dissimulés parmi la vague de commandos allaient faire le travail !
-Nos hommes rencontrent…quelques difficultés...Ils doivent s’acquitter de leurs objectifs principaux en plus de leur mission officieuse, afin de ne pas éveiller les soupçons.

C’était logique. Entouré vingt-quatre heures sur vingt-quatre par les meilleurs soldats d’Immanis ne permettaient pas la moindre négligence. L’agent 921XY hocha de la tête.

-A vos ordres Superviseur. Pour Sophos et Immanis.
-Pour Sophos et Immanis, reprit Annabella.
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MessageSujet: Re: Aube Noire sur Immanis   Mer 24 Juin - 18:14

VIII: Jusqu'au cœur de l'ennemi



La supplique agonisante du junkie mourut dans sa gorge, masquée par un gargouillis infâme. D’un geste brutale Yzack Varas retira son couteau de combat de la gorge de sa défunte victime. Nul besoin d’user des munitions pour un pareil rebut. La longue lame d’acier d’un pouce de largueur était largement suffisante. Avec un mépris palpable, il essuya son arme contre le semblant de treillis dont avait été vêtu son opposant. Déjà deux mois que l’escouade Arès progressait en territoire hostile. Deux mois depuis l’événement du site d’atterrissage. Yzack se passait et se repassait la scène dans la tête sans pouvoir y croire, le visage du mort hantait ces nuits ainsi que la désagréable impression d’avoir éliminé des alliés. Cependant il n’avait pas cru utile d’en reparler avec le sergent Ganford qui avait bien d’autres problèmes à traiter. En effet leur itinéraire était quelque peu chaotique. Ils avaient réussis à quitter la Frontière et évoluaient à présent dans le gigantesque merdier qu’était le Grenier. Véritable nids à racailles, ils avaient dû faire face à plusieurs bandes armés plus fort en gueule qu’à autre chose. Discrétion oblige ils avaient évités tous les grands lieux de rassemblements urbains, aussi la question du ravitaillement commençait à devenir un réel problème.

Rangeant son arme dans sa gaine, Varas se força à détendre ses muscles et laissa son regard errer sur les silhouettes de ses camarades. Marvin et Gregorian étaient les deux seuls de l’escouade qui avaient encore cru bon de garder leur casque. Si Marin ne pouvait se séparer de son système de visé et ses indicateurs de stabilisateurs incorporés pour ses armes lourdes ; pour Gregorian cela relevait seulement d’un respect strict des consignes militaires. La fine bruine poussiéreuse, véritable ennemi en ses lieux, avaient réussi à venir à bout des lentilles de leurs casques et seuls leurs respirateurs évitaient à leurs poumons de s’encrasser. La poussière s’infiltrait partout et gênait le bon fonctionnement de l’équipement, un nettoyage complet s’imposait chaque soir. Même si chaque membre du commando était capable de le faire les yeux fermés, la lassitude commençait à se faire sentir. D’ailleurs Marin était un des premiers à se plaindre de leur alimentation constitué uniquement de pâte nutritive. Jamais Yzack n’aurait cru que son entraînement lui serait aussi utile, le désert était son élément et il savait faire avec. Quand au train plus que soutenue qu’ils devaient maintenir, cela semblait être de la rigolade comparé à ce qu’ils avaient déjà subis.

Ce qui distingue l’élite du troufion de base c’est son endurance. Fonctionnant selon ce principe, le commando ne faisait que de rares poses. Leurs organismes améliorés alliés aux fonctionnalités étonnantes de leurs exosquelettes leur donnaient la possibilité de se passer d’une partie du repos standard nécessaire à un soldat en mission. Privé de la notion du temps, leurs actions pour la journée se résumer à marcher, se reposer et se camoufler. Avançant toujours plus profondément à travers les méandres des tunnels qui formaient un véritable labyrinthe, jusqu’ici ils n’avaient été confrontés qu’à quelques bandes mal armées et mal organisées. Elles ne méritaient même pas le nom d’adversaire. L’originale faune local était déjà plus à craindre. Fréquemment des hordes de rats de la taille de petits chiens dévalaient les couloirs, noyant les environs de couinements stridents. Etonnement agressifs, ils avaient déjà été forcés de repousser une vague de ces bestioles. Le lance-flamme avait fait un travail magnifique, prêtant par la-même l’occasion à Marvin de lancer une nouvelle plaisanterie sur la diversité de leur menu.

Toutefois l’humeur n’était pas à la joie dans l’unité. Tous étaient des professionnels et agissaient en tant que tel. Yzack assumait le rôle d’éclaireur, ses senseurs réglés au maximum il était prêt à ouvrir le feu à tout moment. Mais davantage que des signes de vie, le Fils d’Immanisius était à la recherche d’une source de chaleur ou de lumière quelconque qui leur permettrait de s’orienter plus facilement. La carte dont il disposait était loin d’être d’actualité. Soudain ses capteurs thermiques s’affolèrent et il leva le poing pour faire signe de s’arrêter. Les commandos stoppèrent leur progression, tandis qu’Aximand remontait la file pour voir ce qu’il se passait. La main posé sur son étui latéral, il se tenait à demi-accroupis comme pour échapper à la vigilance d’un ennemi invisible. Il parla dans un souffle.

-Au rapport.
Sans tourner la tête, le soldat lui répondit sur le même ton d’intensité.
-J’ai une immense source de chaleur vers le nord-ouest, on l’atteindra dans environ 20 à 30 minutes si l’on maintient notre train de marche. Je pense qu’il serait bon de savoir ce qui nous…

Un bip de détection coupa court à toute communication. Enfilant son casque, Yzack lu distinctement sur son écran de visé qu’une source de vie se déplaçait à vitesse constante non loin de leur position. Visiblement seul, il ne pouvait dire s’il était armé ou pas. Dans une succession de gestes rapides il rendit compte à son sergent. Le Wolfgale approuva de la tête et répondit silencieusement par le signe de la capture. Front à deux et capture par encerclement. Une manœuvre standard pensa l’ancien lieutenant de l’unité Scylla. Il acquiesça et s’engagea le premier dans le tunnel, ses armes en semi-automatique. Bien que polyvalent, il n’était pas équipé d’armement paralysant ou anesthésiant, aussi il allait devoir se contenter de lui briser les rotules ou les jambes. Il pouvait également aller au contact pour l’assommer mais c’était une manœuvre qui se révélait beaucoup trop délicate à son goût, même s’il ne risquait pas grand-chose. La vision distincte d’une silhouette camouflée par une longue cape miteuse à capuche le tira de ses réflexions. Aucuns autres signes de vie aux alentours. Se plaçant en position de tir, Yzack s’apprêta à allumer son pointeur laser lorsque la main rude d’Aximand le retint.

Le sergent commençait à devenir vraiment pesant : il se permettait même de lui voler ses cibles ! Obéissant à son ordre il resta en retrait pour observer son supérieur sortir un petit disque hérissé de lames. D’un mouvement souple du poignet il activa l’engin qu’il lança dans le même mouvement. Le shuriken mortel partit droit vers sa cible. Tournoyant sur lui-même il était sur qu’il ne ferait qu’une bouchée de son inconsciente victime. C’est alors qu’à la surprise totale d’Yzack l’homme évita l’objet mortel en modifiant l’axe de son bassin qui défiait les lois de la physique. Son torse tout entier s’était baissé vers l’arrière et touchait le sol, laissant le shuriken continuer sa course. Cependant, aussi impressionnant que fut l’individu il n’eut pas le loisir de se relever. Aximand était parvenu jusqu’à lui d’un bond formidable et lui asséna un solide coup de coude qui le mit au sol. Semblable à un coup de bélier, il avait sans doute dû lui briser les vertèbres. Mais la chose révélé une nouvelle fois ses aptitudes uniques en émettant un sifflement hargneux. Il était toujours conscient !

Traînant le malheureux, le sergent du commando arracha son capuchon pour exposer une figure vaguement humaine qui s’apparentait à un croisement entre l’humain et un reptile. Le teint verdâtre, son front était particulièrement prononcé et les deux fentes qui lui servaient d’yeux, ainsi que l’espèce de chitine rugueuse qui recouvrait ses joues le désignaient clairement comme un non-humain. Soudain Yzack compris : un mutant.

-Il ne vous avait pas vu soldat…mais il vous avait déjà sentit arriver. J’ai dû improviser, ce genre de créature est du genre retorse et particulièrement coriace. Maintenant nous n’avons plus qu’à espérer qu’il lui en reste suffisamment dans le crâne pour répondre à nos questions.

En effet les mutants n’étaient pas espèce rare dans ce niveau, d’après les rapports de l’armée Unificateurs il existerait même un village abritant une multitude de ses créatures. Un coup d’œil à la chimère serpentine suffit à comprendre pourquoi ils ont été exclus de la société. Sifflant avec force, le mutant tente d’enrouler sa langue d’un jaune éclatant autour du poignet du Wolfgale qui le réduit au silence d’un coup de poing avant de l’amener à Karl. Aucuns ordres inutiles ne fut prononcé, Karl savait ce qu’il avait à faire. Sa fonction de médecin de l’unité incluait également la torture et toutes autres formes d’interrogatoires. Sortant une aiguille d’un logement de sa combinaison, il réduit l’animal au silence en le piquant au niveau de la jugulaire. Marvin se chargea de l’attacher solidement et l’abandonna à son sort. Tous les membres de l’unité Arès étaient rompus à l’usage de la torture, aussi les actions de Karl ne choquèrent personne. Nul besoin de recourir à des méthodes compliquées, généralement un sac en plastique et la peur-panique de la victime suffisait à délier bien des langues.

Le doc’ alterna successivement deux phases où il étouffait méthodiquement le mutant tout en le questionnant violement. Très vite la victime se mit à table. D’abord couinant et gesticulant, un coup de poing lui intima l’ordre d’être plus clair. Le dialecte que parlait la créature était obscur. Yzack distinguait des nuances de Felgel, la langue officielle d’Immanis, mélangé avec une espèce de patois propre aux habitants des Bas-Fonds. De plus les sifflements qui accompagnaient son débit de parole particulièrement élevé n’arrangeaient rien à la chose. Gregorian s’éloigna du prisonnier, il jugeait sans doute ce langage indigne de sa personne. Karl au contraire hochait la tête à chacune des paroles du mutant. Il jugea bientôt que celui-ci n’avait plus rien d’intéressant à raconter car il lui trancha la gorge avant de dissoudre son cadavre. Se rapprochant du sergent il murmura.

-L’individu à fait rapport d’un lieu habité très proche d’ici…
-Sans doute la source de chaleur sergent. L’interrompra l’éclaireur du groupe.
-…Le mutant a donné des descriptions étranges dans un argot assez difficile à comprendre.
-Abrégez doc’.
-Il a parlé de Purgatoire ou encore de cercle des damnés. Le sens général est assez vague mais tout porte à croire que cet endroit n’a rien d’un paradis, même pour eux. Cependant un mot revenait fréquemment : Erebus.

Soudain une communication radio interféra dans leur discussion. Gregorian venait d’ouvrir le canal radio d’Aximand.

-Sergent vous devriez venir voir ça.

Maugréant un juron celui-ci ordonna au reste de la troupe de progresser derrière lui en silence. Marvin arme chargé balayait le périmètre tandis que Karl collait au cul de notre leader. Le sniper de l’unité fut bientôt en vue. A plat ventre près d’un promontoire rocheux, il semblait observer attentivement quelque chose à l’aide de la lunette de son fusil. Sortant ses jumelles le sergent de l’unité Arès le rejoignit. Cependant il n’y avait nul besoin de jumelles pour contempler la vue qui s’offrait à nous. Un gigantesque complexe fortement fortifié avait été construit sur un volcan qui ne semblait cependant montrer aucuns signes d’activité. Yzack pouvait distinguer des champs de mines et des barbelés qui s’étalaient sur plusieurs kilomètres. D’immenses bâtisses salles semblaient grouiller d’activité. Un immense espace vierge de toute vie avait été dégagé en son centre. Aximand brisa le silence.

-Soldats je crois que nous avons trouvé Erebus.
-Un fort sergent ?
-Négatif…une prison.

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Evey Nails
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MessageSujet: Re: Aube Noire sur Immanis   Mer 24 Juin - 18:14

Une nouvelle fois Nelly fit preuve de sa folle inconscience en négociant un virage particulièrement serré qui oblige Jarel à se serrer davantage contre elle pour maintenir son équilibre sur le bolide à deux roues. La jeune femme semblait prendre un plaisir fou à piloter l’engin, et on pouvait presque croire qu’elle oubliait qu’elle avait un passager qui contrairement à elle tenait à rester entier. Le paysage constitué de rangés d’immeubles identiques aux façades ternes et d’immenses panneaux lumineux à la gloire du tyran défilait à toute vitesse. Jarel était hypnotisé par le flot constant de voitures de toute sorte qui empruntaient les multiples voies de circulation de la cité. C’était comme un ballet magistralement orchestré par une main de maître. Un rythme était imposé à tous et personne ne le dérangeait. Il se dégageait de cette vision une harmonie presque terrifiante. Tout était si pareillement uniforme qu’il se sentait comme seul au monde. Cependant sa collègue ne semblait pas atteinte par de pareils sentiments, uniquement préoccupé par la route elle s’exerçait à slalomer entre les voitures. Alors le commando d’Âme Libre prenait toute l’ampleur du fossé qu’il existait entre elle et lui sur le plan émotionnel.

Tout ce qui l’entourait était naturel pour Nelly, elle avait appris à gérer tout ce flot d’émotions mais pour Jarel Crow tout ceci était nouveau. Il voyait tout cela d’un œil nouveau qui le rendait plus sensible que n’importe qui. Il fut sortit de sa torpeur lorsque l’Imane Shark prit une nouvelle embardée puissante qui les propulsa dans une nouvelle rue assez peu fréquenté. Le grondement assourdissant de la moto emplissait les lieux, il en ressentait les vibrations dans tout son corps. Enfin ils arrivèrent à destination. La conductrice experte ne résista pas à l’envie de se faire voir et stoppa son bolide en accomplissant un spectaculaire dérapage. Presque projeté de la moto, Jarel se retint in extremis aux poignés du siège arrière. Les jambes tremblantes il prit enfin contact avec le sol bétonné non sans un grand soulagement. Gardant son casque pour ne pas risquer d’être identifié, il ne manqua cependant pas d’adresser un regard noir à sa camarade dont il était sûr que le visage était rayonnant.

L’agent de liaison dont leur avait parlé le Boss ne devait pas être loin. En effet un jeune homme à la mine sombre et aux vêtements discrets, si l’on oubliait un manteau plutôt long, s’avança d’un air pressé et percuta violement Jarel sans vraiment lui prêter attention avant de s’esquiver très vite. Le paquet était présenté sous la forme d’un colis postal et plutôt lourd. Le soldat d’Âme Libre savait pourtant qu’il lui fallait prendre davantage de précaution avec ce qu’il tenait entre les mains. Il n’était pourtant qu’un maillon dans la chaîne. L’intelligence de toute l’opération que menait actuellement le commando reposait sur le fait que plusieurs missions étaient attribuées à toutes les cellules terroristes disséminées à travers toute la cité. Des objectifs très précis qui pouvaient sembler mineure mais qui aboutissait à la réalisation d’une mission d’une plus grande importance. Ainsi la bombe qu’il actuellement entre les mains était passé entre plusieurs autres avant d’atterrir dans les siennes. Chacun avait contribué à son assemblage sans savoir où elle finirait par aller.

Calant l’objet contre lui, Jarel vérifia que personne de suspect n’était visible aux alentours et remonta sur la moto avant de faire signe à Nelly que tout était paré. La jeune femme redémarra en trombe et mit le cap sur leur nouvelle destination : un centre particulièrement fréquenté à Immanis. Le Quartier Commerçant de la cité était surtout fréquenté par une clientèle de la haute qui vivait aux Cieux. Un luxe tapageur définissait ce quartier. Boutiques de vêtements, bijouteries et tant d’autres échoppes luxueuses qui n’avaient pas beaucoup d’intérêt ou de sens pour la plupart des habitants d’Immanis soumis à l’H.I.S. Les nobles des Cieux se chargeaient d’apprécier ces choses là à leur place. L’Imane Shark s’engagea vers une entrée de parking et continua discrètement sur sa lancé. Avec un tel véhicule, ils passaient aisément pour un couple de jeunes riches voulant aller faire ses courses

Il lui fallait à présent trouver son agent de liaison. La place était noire de monde et un emplis d’un chaos assourdissait qui n’avait rien à envier à une place de marché de Liberia. Seuls les regards inquisiteurs des Inspecteurs en faction venaient faire la différence. Marchant avec son paquet sous le bras le temps jouait contre lui. Son comportement suspect allait finir par attirer l’attention d’un Inspecteur et ce n’était qu’une question de minutes avant d’être victime d’une arrestation sommaire. Son esprit fonctionnait sous l’emprise de la panique et Jarel s’imaginait déjà devant le peloton d’exécution. Une casquette bleue…Une casquette bleue ! Soudain il fut violemment accosté par un civil avec…une casquette bleue. Désorienté pendant un court moment, le type l’entraîna dans une ruelle moins peuplé.

-Encore un peu plus et vous étiez sur le point de faire une grosse connerie. Les Inspecteurs étaient sur le point de vous tomber sur le rab’ ! Vous avez l’engin ?

Ayant à présent la certitude d’être en face de son contact, le commando d’Âme Libre lui donna l’engin explosif qu’il réceptionna avec précaution entre les mains. Savait-il exactement ce que c’était ? Allait-il déclencher l’explosion ou n’était-il qu’un autre maillon de cette gigantesque chaîne ? Pendant un instant le terroriste imagina les dégâts qu’allait faire cette bombe. Etaient-ils tous coupables ? Assurément, la cible n’avait pas été choisie au hasard. Il se hasarda quand même à demander à l’agent de liaison :

-Vous savez quelle est la cible ?
Celui-ci le regarda avec étonnement et répliqua :
-Vous n’avez pas besoin de le savoir. Vous savez aussi bien que moi que ce truc va faire pas mal de victimes, alors laissez ceux qui le peuvent avoir ce genre de truc sur la conscience.

Jarel n’eut pas le temps de le questionner davantage qu’il disparaissait pour se mêler à la foule. Le commando regarda sa montre et emprunta son itinéraire de sortie pour rejoindre Nelly qui commençait à devenir nerveuse. Le hululement du métro le fit frémir alors qu’il montait à l’arrière de l’Imane Shark. Un rapide coup sur l’épaule de sa camarade et la moto démarra en trombe. Zigzaguant entre les voitures luxueuses, Jarel Crow tentait d’effacer les mots qu’il avait entendu tantôt : « Laissez ceux qui le peuvent avoir ce genre de truc sur la conscience », cela voulait dire que le Boss ne le jugeait pas encore prêt pour assurer ce genre de tâche ? N’avait-il pas fais ces preuves en risquant sa peau comme les autres ? Sa pilote l’avertit brutalement en lâchant un unique mot.

-Contrôle.

Maîtrisant la brusque poussée de peur qui l’envahit il déglutit et se força à reprendre son sang-froid. Les contrôles étaient chose normales à Immanis, le tyran avait élevé la paranoïa au rang de qualité. Des Unificateurs en uniformes circulaient entre les voitures et vérifiaient les papiers de chacun. Soudain un groupe en arme se dégagea du barrage policier. Mené par un individu à la stature large et à la démarche militaire, il était bien plus grand que Jarel et ses cheveux étaient d’un blond presque blanc. Son uniforme d’un bleu marine où s’étalaient un simple insigne en argent le désignait comme un Inspecteur de premier rang. Avançant droit vers le couple à moto, les terroristes retinrent leurs souffles. D’un rapide salut il se présenta et leur demanda leurs pièces d’identités :

-Inspecteur-agent Andreï Yegimovitch. Je vais vous demander votre entière collaboration pour ce contrôle de routine. Nous avons relevé actuellement des signes d’activité suspecte ici, être vous au courant d’un quelconque événement qui soit sortit de votre quotidien ?
-Non Inspecteur nous sommes seulement…

La phrase de la jeune femme fut coupée par le bruit assourdissant d’une explosion. Se tournant immédiatement Jarel pu voir un camion balayé par le souffle de l’explosion percuter un poteau et rouler sur plusieurs autres véhicules. Le métro était en feu. La voie avait été brutalement coupée alors que le véhicule de transport urbain arrivait à la station. Une fumée épaisse s’échappait tandis que l’incendie prenait de plus en plus d’ampleur. Les gens complètement désemparés, brutalement confrontés à une horreur suprême hurlait ou se roulait à terre. Les premières victimes de brûlures ou écorchés par des éclats de verre commencèrent à émerger. Le groupe mené par l’Inspecteur couru sur les lieux, laissant Nelly libre d’accélérer et de regagner la voie principal. C’était pour cela qu’ils combattaient : du sang et des larmes.
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Aube Noire sur Immanis

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